vendredi 30 novembre 2012

Suduiraut : Sauternes, sucré, sexy!

Premier samedi de septembre, notre voyage tire à sa fin et nous venons de quitter le confort de notre lit douillet de la Bastide à Barbotan-les-Thermes pour faire route vers notre prochain rendez-vous dans la région de Sauternes.   Une centaine de kilomètres sur des routes sineuses de campagne et nous sommes à Preignac, tout près de notre destination.   Notre unique visite dans l’appellation Sauternes s’est portée sur l’un des 11 Premiers Crus du Classement de 1855.  Suduiraut est situé au pied d’une colline où l'on retrouve le non moins prestigieux vignoble du Château d'Yquem qui est le seul Premier Cru  Supérieur de ce classement.   Acquis en 1992 par la compagnie d’assurances AXA, Suduiraut est un domaine viticole de plus de 200 hectares dont 92  de vignes,  une centaine d’hectares de forêt et une dizaine pour les jardins entourant le  château.

 Le Comte Blaise de Suduiraut a reconstruit le
domaine à la fin du 17
e siècle.
Un grand vignoble au sein des grands
Référés par Marie-Louise Schÿler, la responsable des communications pour AXA Millésimes (compagnie aussi propriétaire du Château Pichon Longueville), nous sommes attendu par un jeune homme qui répond au prénom d’Adrien.  En fait, il va prendre soin de verrouiller la porte derrière nous,  car il n’y a pas de visites sans rendez-vous.  D’entrée de jeu, notre guide nous met au parfum sur les caractéristiques de l’appellation qui compte pas moins de 180 producteurs.    Sur ce lot, il y a 27 grands crus  représentant 40%  de cette appellation.  Suduiraut figure parmi les plus vastes domaines avec Yquem, (100 hectares en production), Guiraud (85 hectares) et  Rieussec (92 hectares).   La plus petite superficie des grands crus est celle du Clos Haut-Peyraguey qui compte une douzaine d’hectares.

Au pays du Sémillon…
Nous irons ensuite faire un tour au vignoble pour constater à quel point il y a une diversité de sols et de sous-sols dans le Sauternais.  Ces particularités donnent un caractère spécifique à chaque cru.  Les propriétés les plus renommées sont sur des croupes graveleuses. Trois cépages sont utilisés pour l’élaboration des vins de Sauternes soit le Sémillon, le Sauvignon et la Muscadelle.  Toutefois, pour Suduiraut, on n’utilise que deux de ces cépages.  Le Sémillon est le cépage roi de l’appellation et il représente 90% de l’encépagement du domaine, tandis que le 10% restant est constitué de Sauvignon blanc.  Le vignoble de Suduiraut est de plus en plus axé sur la culture en mode bio.  Déjà plus de 25 des 92 hectares sont cultivés de cette façon.  D’ailleurs, on prend soin d’ajouter quelques hectares à chaque année dans ce vignoble dont l’âge moyen des vignes est de 30 ans et dont les plus vieilles atteignent même une cinquantaine d’années.  Une trentaine de personnes sont nécessaires pour l’entretien des vignes et du château.  Durant la période des vendanges, le nombre peut augmenter jusqu’à 150 employés.
Le Sémillon domine à Sauternes

…et de la pourriture noble
Pour faire du vin liquoreux, il y a un phénomène naturel nécessaire dans le processus menant à la vinification de ces beaux vins aux couleurs dorées soit  la pourriture noble qui est un champignon  dont le nom scientifique est Botrytis cinerea.  Ce phénomène se développe sur les baies de raisin dans certaines conditions d’humidité et d’ensoleillement qui permettent de produire une qualité de raisins surmûris.  Les périodes de brume matinale et de soleil contribuent au développement du champignon. La prolongation de la maturité du raisin augmente naturellement la teneur en sucre du fruit par l’évaporation d’une partie de son eau.  À Suduiraut,  le rendement est d’environ 10 hectolitres à l’hectare.  C’est donc dire qu’il faut récolter les raisins d’environ un pied de vigne pour produire un simple verre de ce précieux liquide.  Les quelques taches de couleur qui apparaissent sur les raisins à la fin de la saison estivale sont les premiers signes de l’apparition du champignon.   Le travail des vendangeurs se doit d’être minutieux, car il faut parfois ramasser le raisin grain par grain et repasser jusqu’à cinq fois durant la période des vendanges pour les cueillir au bon moment.   Il y a des années parfois désastreuses où il n’y a pas eu de récolte en raison de la qualité des raisins qui ne produisent pas cette précieuse pourriture.  Bien que les années 2000 aient été clémentes,  il y a eu trois années consécutives sans récolte dans les années 90 (1991-92-93).  

Le cuvier, les chais et le château

Notre visite va se poursuivre dans les bâtiments techniques alors que nous passons par le cuvier et les chais.   La fermentation d’une durée de 2 à 3 semaines se fait en barriques. Le contrôle de la température se fait par thermorégulation.  Il n’y a pas de levurage et l’élevage en barriques de chêne se déroule entre 18 à 24 mois pour le grand vin, avec une proportion d’environ 35% à 50% de bois neuf.  Le domaine produit quatre vins, soit le grand vin du Château Suduiraut et un second vin nommé le Castelnau de Suduiraut  composé de lots plus fruités que concentrés.  Depuis 2005, le domaine produit un vin sec, soit le « S »de Suduiraut.  Avec le millésime 2009,  un autre vin considéré comme un second a été lancé soit Les Lions de Suduiraut.  Ce dernier est un vin pour consommation rapide et davantage considéré comme vin d’apéritif.  Le Castelnau contiendra moins de 10% d’utilisation de barriques neuves pour son vieillissement alors que Les Lions séjourneront uniquement dans des barriques de deux ou trois vins.  Quant au vin sec le « s », il ne représente habituellement que 5% de la récolte  et l’assemblage est de 50% de Sémillion et 50% de Sauvignon.  Le Château Suduiraut produit environ 120 000 bouteilles par année et 40% de ce nombre sera du Premier cru, dépendamment de la qualité et des rendements du millésime.
Les splendides jardins signés par André Le Nôtre

Avec Adrien, nous quittons les chais vers l’extérieur afin de visiter les jardins et la fontaine  de ce magnifique château.  C’est le Comte Blaise de Suduiraut qui a reconstruit le domaine et reconstitué le vignoble à la fin du 17e siècle, suite aux guerres de la Fronde.  Les splendides jardins du domaine ont été dessinés par André Le Nôtre.  Ce dernier fut le jardinier du roi Louis XIV de 1645 à 1700 et concepteur de l'aménagement du parc et des jardins du château de Versailles.  Le décor est si inspirant que nous ne pouvons résister à une petite séance de photos ma conjointe et moi.  Pour terminer notre visite, nous allons regagner la salle de dégustations et la boutique.

Se sucrer le bec :
La gamme des vins de Suduiraut

Nous profitons de ce samedi avant-midi paisible pour déguster les vins de Suduiraut avec notre guide.  Le décor de la salle de dégustation est saisissant, car sur un mur, des bouteilles s’alignent avec différents millésimes qui se distinguent par un dégradé de couleurs, témoignant ainsi de l’évolution des vins. Ma conjointe sait que je n’ai pas la dent sucrée, sauf lorsque l’on parle de sucre à la crème, de crème brûlée ou de vin liquoreux.  Notre ami Adrien va d’ailleurs nous chatouiller les papilles avec une dégustation de la gamme des produits de Suduiraut.  Nous allons goûter au « S » et  Les Lions de Suduiraut du millésime 2010.  Par la suite,  nous aurons l’opportunité de déguster le Castelnau 2006.   On a aura pratiquement droit à une mini-verticale avec la dégustation du Premier Cru du domaine avec les millésimes 2009, 2006 et 1975!  En goûtant le 75,  un vin ayant 37 ans d’histoire,  j’avais peine à croire qu’on pouvait encore percevoir du fruit avec une telle richesse dans le verre, surtout pour un vin presqu’aussi âgé que moi-même.
Un millésime encore bien vivant, le 1975

L’œuvre du temps

Les vins de Sauternes ont de très bonnes propriétés de garde.  Les années 2000 ont été particulièrement favorables à cette région avec de bons millésimes.  Comme nous l’a indiqué notre guide, le sommet a été atteint avec le 2001 qui fut une année ayant un potentiel de garde de près d’un siècle.  On a récemment revisité ce vin au château et il semble que ce Sauternes riche et complexe soit encore assez timide.  Les millésimes 2004, 2006 et 2008 furent des années considérées dans la normalité des choses.  Néanmoins, en goûtant le 2006,  au potentiel de garde respectable de 30 à 40 ans,  nous avons été séduits par ce vin d’une belle densité, à la robe safran et aux parfums de clémentine, de cire d'abeille, d'abricot confit et vanille.  Évidemment, il y a des millésimes légendaires comme le 1976 et le 1990,  mais parfois l’évolution n’est pas ce que l’on anticipe, rétorque notre ami Adrien.  Citant le 1990 qui semble atteindre son plateau d’évolution alors qu’on espérait beaucoup plus, on a encore des vins comme le 75 et le 89 qui sont encore en évolution alors qu’on y voyait moins de potentiel.  Je vais d’ailleurs quitter la boutique en faisant l’achat d’un 1989.  J’ai payé une soixantaine d’euros pour une bouteille de 750 ml soit moins que le prix d’une demi bouteille d’un Icewine au Canada.  À titre comparatif, un Château Suduiraut de 750 ml se vend 149$ à la SAQ pour le millésime 2005.   Donc vous comprendrez que je ne me suis pas demandé longtemps si cela valait la peine de faire une place à ce vin de Sauternes dans mes bagages.
Les couleurs de l'automne chez Suduiraut

Nous avons donc quitté Suduiraud sous ce soleil enjôlant de septembre.  Nous passerons par quelques appellations produisant également de bons vins liquoreux notamment dans Barsac, Loupiac, Cadillac et Sainte-Croix-du-Monts.   Nous en avons profité pour aller saluer un producteur, Jean-Guy Méric et sa femme, qui avaient l’habitude de fréquenter le salon des vins de Caraquet à l’époque où les vins français étaient à l’honneur. Il a gardé un goût amer de son expérience avec notre monopole.  Heureusement, les affaires sont meilleures avec les Chinois qui achètent sans trop de conditions.  Il garde toutefois de très bons souvenirs de l’hospitalité acadienne et des organisateurs de l’événement.

La fin de notre séjour en France approche et lundi nous allons terminer nos visites en visitant le mythique Château Margaux.  Certains diront que c’est un peu comme les Smarties (petites dragées au chocolat au lait), on garde les  rouges pour la fin!

samedi 24 novembre 2012

Tariquet : l’héritage de Pierre Grassa et Hélène Artaud


Vendredi 31 août 2012,  nous venions de quitter avec nostalgie la région de Saint-Émilion : en route vers le sud, direction du Gers. Sur notre itinéraire, nous nous permettons  une visite en dehors du Bordelais, soit notre seule escapade hors des sentiers des grands crus.  Pendant plus de 2 heures, nous sillonnons des routes de campagne presque désertiques.   Nous traversons la Garonne pour rejoindre l’Autoroute des Deux Mers et emprunter la route départementale, soit la D 933 et ainsi rejoindre la route d’Eauze, la N 524.   Sans GPS, je serais probablement encore en train de chercher ma route.  Toutefois, ce trajet nous a menés vers ce qui fut jadis une principauté du sud-ouest de la France au Haut Moyen Âge, soit la Gascogne.  C’est le pays de d’Artagnan qui a inspiré les récits d’Alexandre Dumas avec Les Trois Mousquetaires.

Une histoire d’amour et de vignes
Le Château Tariquet

Contrairement à des provinces comme la Bretagne ou la Normandie, le nom de Gascogne a disparu avec la province qu'il désignait et n'a pas été repris pour désigner aucun des départements ou régions de la France.  On l’utilise notamment sur le plan touristique et dans le milieu viticole.  Aujourd’hui, on parle davantage du Gers, un lieu reconnu pour ses paysages vallonnés.  Peu importe, dans nos têtes, nous sommes sur la piste de l’héritage de Pierre Grassa, le père du Domaine de Tariquet,  Il s’est malheureusement éteint en mars dernier à l’âge de 96 ans.  Il n’aura malheureusement pas été en mesure de participer à la célébration du centenaire du domaine en juin 2012.  L’histoire de Tariquet remonte à 1912,  alors que la famille Artaud s’en porte acquéreur dans un contexte d’avant la Première Grande Guerre. Tariquet était dans un piteux état alors qu’il ne restait du vignoble que 7 malheureux hectares, le phylloxera ayant fait son œuvre.  Il faudra attendre en 1939 alors que le destin va réunir Hélène Artaud à celui de Pierre Grassa. Hélène et Pierre redonneront une vocation viticole au Tariquet en Bas-Armagnac. Ils se marièrent en 1946 et eurent 4 enfants : Maïté, Christiane, Françoise et Yves. À partir de 1972, Maïté et Yves perpétueront le métier en restant sur le domaine.  Au début des années 80, avec le déclin du marché de l'Armagnac, ils décident de concentrer leur production sur les vins blancs.

Tariquet c'est plus de 900 hectares de vignes
Yves Grassa, alors responsable de la production, va utiliser son bagage de nouvelles connaissances acquises en Californie.  Tariquet deviendra d’ailleurs le premier établissement de la région à faire des macérations pelliculaires et des vinifications à basse température.  Ce procédé a pour effet de tirer un maximum d'arômes des raisins, et du même coup, Yves Grassa sera nommé vigneron de l'année en 1987 par l'institution anglaise «The International Wine Challenge».  Il aura été épaulé dans cette aventure par l’œnologue Denis Dubourdieu.  Avec son entêtement à ne pas suivre les conventions, Yves Grassa va ensuite redonner ses lettres de noblesse au Gros Manseng en produisant un vin moelleux au milieu des années 90.  La cuvée Les Premières Grives du domaine du Tariquet est un vin demi-sec dont les raisins sont récoltés en surmaturité.  Aujourd’hui, plusieurs vignerons tentent toujours d’imiter Tariquet en produisant un vin moelleux avec du Gros Manseng. 

Depuis quelques années, Yves a laissé le soin à ses fils, Armin et Rémy, de se préparer afin de prendre la relève de l’entreprise.  Avec leur père Yves et leur tante Maïté, ils forment le comité de direction de cette entreprise familiale. C’est dans ce contexte que nous allons faire la rencontre de cette troisième génération de vignerons.

Suivez le guide
Un cuvier pour l'Armagnac
À notre arrivée à Tariquet, c’est le sympathique directeur commercial du domaine, Ithier Bouchard qui nous servira de guide.  À bord de sa Passat, il va nous faire découvrir l’immensité de cette propriété qui est renommée pour ses Bas-Armagnacs et ses vins blancs. Tariquet est le plus gros producteur de France avec ses 8 millions de bouteilles de vin et plus de 120 000 bouteilles d'Armagnac vendues annuellement.  Cette production provient des quelque 900 hectares de vignes réparties sur quatre propriétés.  Notre visite va durer quelques heures où nous aurons l’opportunité de voir ces différentes propriétés acquissent au fil des années et les nombreux chais aux quatre coins du vignoble principal.  Sur notre trajet,  nous croiserons une ancienne voie de circulation utilisée jadis par les Romains, afin de relier l’empire à Pampelune en Espagne.  Nous allons de même nous rendre à une propriété acquise par Armin et Rémy soit La Hitaire.   Sous la recommandation de leur père, alors qu’ils étaient encore aux études,  ils ont acheté cette terre d’une centaine d’hectares.  Un gros travail de replantage de vignes a été effectué sur cette propriété.  Comme le Tariquet, ces vins sont notamment vendus au Québec.  

En conduisant à proximité d’un petit lac artificiel protégé pour les canards près de La Hitaire, Monsieur Bouchard immobilise son véhicule devant un enclos réservé à l’élevage de cochons noirs.  Un restaurateur de Montréal vivant au Gers, ayant besoin d’espace pour élever cette race gasconne presque disparue, la famille Grassa lui aménagera donc cet endroit. J’aurais d’ailleurs la chance de savourer cette viande exquise plus tard en soirée lors d’un repas en présence d’Ithier Bouchard et Armin Grassa.  Nous allons également visiter la propriété de Garderon acquise en 2006 avec ses 60 hectares d’un seul tenant.  Dans un rayon de 5 kilomètres autour du Château de Tariquet, près de 300 hectares sont donc exploitées.   Tariquet est une entreprise importante dans le décor du Gers avec 70 employés permanents et avec près de 200 travailleurs à différents moment dans l’année, ce qui équivaut à 120 postes à temps plein.

Le Gros Mensang populaire grâce aux Grassa
Le domaine de Tariquet possède des vignes en Chardonnay, Chenin, Colombard, Gros Manseng, Petit-Manseng, Sauvignon, Sémillon et Ugni-Blanc. Sur une base expérimentale, Ithier Bouchard nous confie qu’ils vont récolter du Pinot Noir pour la première fois cette année.  Sans être prêt pour la commercialisation,  on entend expérimenter avec le Pinot noir, un rouge et du rosé et ainsi pouvoir explorer le potentiel du cépage.

Tariquet c’est aussi de l’eau de vie

L’eau de vie de la région Armagnac est la plus ancienne des eaux de vie de vin françaises.  Au XIVème siècle, cette eau de vie était déjà décrite dans un traité de médecine pour ses nombreuses vertus.  Comme on peut le lire sur le site internet de Tariquet, la région de production se découpe en trois secteurs : Bas-Armagnac, Tenareze, Haut-Armagnac.  La zone la plus réputée se situe autour d’Eauze, là où sont implantées les vignes du Château du Tariquet.  La distillation se caractérise par le passage du vin dans un alambic dit : « armagnacais » ou « à jet continu ». Cet alambic est en cuivre, il est alimenté exclusivement au bois.   Tous les Bas-Armagnac suivent le même chemin dans leur élevage. Exception faite de la Blanche (non vieillie sous bois), les différentes qualités d’eau de vie qui sortent de l’alambic sont mises à vieillir dans des fûts adaptés au potentiel de chacune. L’Armagnac sera mis à vieillir dans un chai traditionnel au sol en terre battue et charpente de bois, où sont logés des fûts de chêne français à grains fins.

Les cépages qui constituent les assemblages des Bas-Armagnac sont le Baco 22A pour 65% et l’Ugni blanc pour 35% (assemblage variable selon les coupes). Quant aux Bas-Armagnac sélections Folle Blanche, ils sont constitués exclusivement de Folle Blanche.  L’Armagnac est un travail de longue haleine car la distillation ne profite habituellement qu’à la génération suivante.  Par exemple, pour produire le Tariquet –XO,  l’élevage en fût de chêne doit s’étendre sur un minimum de 15 ans.  Il faut donc avoir des capacités d’entreposage énormes pour ces longues durées et avoir une bonne stabilité financière.  Les plus gros marchés de Tariquet pour ses Armagnacs sont l’Angleterre, le Danemark, les États-Unis et la France.  

Dégustation et gastronomie à la manière Gasconne

Nous allons terminer notre visite par les bâtiments de vinification de l’entreprise, la nouvelle chaîne d’embouteillage ultramoderne et l’espace d’entreposage des bouteilles. Après ces quelques heures à circuler d’un chai à l’autre, d’un vignoble à l’autre, nous sommes plus qu’heureux d’être invités à une dégustation des nombreux produits de Tariquet.   Ithier Bouchard nous conduit vers la nouvelle salle de dégustation. Nous serons d’ailleurs les premiers visiteurs canadiens à inaugurer les nouvelles facilités décorées avec bon goût.  Seul un couple d’Hollandais aura eu la chance de nous précéder dans ces lieux. 
Ithier Bouchard et la gamme des vins de Tariquet

Neuf vins blancs et deux rosés sont produits chez Tariquet.   Nous allons goûter l’ensemble de la gamme dont deux vins disponibles depuis quelques mois au Nouveau-Brunswick, soit le Chardonnay et le Sauvignon blanc se détaillant chacun à 16.99$.  N’ayant pas eu le temps de luncher avant notre rendez-vous, il était primordial de cracher un brin.  Nous allons aussi goûter quelques eaux-de-vie dont la Blanche et l’idée Folle.  Dans ce marathon de dégustation, nous allons aussi déguster le VSOP, le XO, Le légendaire, soit un 8 ans et un 15 ans.  L’accueil chaleureux de nos amis de Tariquet ne s’arrêtera pas là,  car nous aurons la chance de partager un moment de gastronomie et de bons vins à la Bastide, un établissement  Relais et Châteaux situé à Barbotan-les-Thermes.   

Une soirée agrémentée des vins de Tariquet avec Armin
Grassa et Ithier Bouchard
Accompagné de mon épouse, nous avons partagé un repas en présence d’Ithier Bouchard et Armin Grassa.  Juste avant le repas, j’ai profité de l’occasion pour faire une courte entrevue avec l’un des fils d’Yves Grassa. Vous pouvez visionner le tout en cliquant ici.  La soirée s’est terminée en simplicité devant le foyer de l’hôtel avec un verre d’Armagnac.  Cette incursion entre l'Aquitaine et les Pyrénées  nous aura donné l’occasion de découvrir le charme d’une région et la fierté de ses produits viticoles. Les 100 ans de Tariquet démontrent que la réussite n’est pas réservée qu’aux grands crus dans le monde du vin.  Le rêve des hommes, l’amour de la terre et la passion engendrent parfois des triomphes qui résistent à l’usure du temps, Tariquet est dans cette lignée.

dimanche 18 novembre 2012

Faugères : entre le rêve des Guisez et les passions de Denz


Péby Faugères ne me disait absolument rien avant cette soirée de l’été 2006 où nous étions chez un bon ami de la Péninsule acadienne pour partager quelques trésors de son cellier. Il me présenta alors ce vin en me spécifiant que cette bouteille du millésime 1999 était un vin de «garage».  En fait, cette expression ne me disait également pas grand-chose à l’époque.  Pour sa part, mon ami Paul, connaissait l’histoire de Péby. Dirigé à l’époque par Pierre-Bernard (Péby) et Corinne Guisez, l’histoire de Faugères va prendre une tournure particulière le 25 octobre 1997, alors que Péby Guisez s’éteint tragiquement à 52 ans.  Sa femme, Corinne, et ses filles vont poursuivre le travail à Faugères et dès 1998, elles vont produire un vin sur la meilleure parcelle de son terroir,  avec l'ambition de le propulser au rang de "Saint-Emilion Grand Cru Classé".  J’aurai la chance de déguster à nouveau ce vin à quelques reprises depuis cette soirée de juillet 2006 dont un magnifique Péby Faugères 1998.  Il faut dire que la signature de Michel Rolland est aussi associée au destin des vins de ce domaine à titre d’œnologue conseil.



Le 31 août dernier, vers 9 h 30, en ce superbe vendredi matin un peu frais, nous arrivons dans ce décor paradisiaque de campagne de l’arrière pays de Saint-Étienne de Lisse, à cheval sur les appellations Saint-Emilion et Côtes de Castillon. Dès notre arrivée, nous sommes impressionnés par ce bâtiment que l’on a baptisé «le chai cathédral» , l’œuvre est celle de l’architecte Mario Botta.  Inauguré en septembre 2009, ce « chai-d’œuvre » est devenu rapidement une star dans ce décor du Patrimoine Mondial de l’UNESCO.  Il faut toutefois remonter à 1823 pour trouver la source des origines de ce domaine de 80 hectares,  situé à 6 kilomètres à l’est de Saint-Emilion.  C’est à cette date que la famille Esquissaud va acquérir les terroirs des Châteaux Faugères et Péby Faugères. En 1987, Pierre-Bernard Guisez va  hériter  de la propriété et avec sa femme Corinne. Ils vont s’impliquer dans la vie du vignoble et tenter d’atteindre des summums de qualité sur ces terroirs de plateau calcaire et de coteau argilo-calcaire.  Dès l’an 2000, le vin attire l’attention des grosses pointures de la presse spécialisée, dont l’avocat du vin, Robert Parker, alors que le Château Faugères 2000 est décrit comme « l’une des grandes révélations du millésime ». Le Péby et le Château Faugères vont même surpasser bon nombre de crus classés.
Le "chai cathédral" inauguré en septembre 2009


L’ère Sylvio Denz et la consécration de Grands Crus Classés
L’histoire de Faugères va  prendre un nouveau tournant, alors que des circonstances familiales poussent les Guisez  à vendre le domaine à un entrepreneur suisse, soit M. Silvio Denz qui s’en portera acquéreur en mars 2005.  Homme d’affaires animé par ses passions, il est amateur de vins, passionné d’art, créateur de parfums,  propriétaire de deux négoces de vins, d’une maison de ventes aux enchères de vins en Suisse, et de propriétés viticoles en  France,  en Italie et en Espagne.  Ses efforts vont se manifester dans la poursuite de recherches de la qualité, tout en favorisant l’expression des grands terroirs de Faugères.
Ce n’est pas sans fierté qu’en septembre dernier, Sylvio Denz a vu le rêve des anciens propriétaires se concrétiser, alors que pour la première fois, ses deux châteaux sont promus Grands Crus Classés par le nouveau classement des grands crus de Saint Émilion. 

En communion avec le décor
Lors de notre passage, on était dans l’attente de ce dévoilement qui a été officialisé le 6 septembre 2012.  Notre guide, probablement dans la vingtaine, Anne-Sophie, va nous diriger dans cette magnifique cathédrale du vin, alors que la tranquillité matinale des lieux, en ce vendredi de fin d’août, incite presqu’au recueillement.  Avec l’arrivée de Sylvio Denz en 2005, le domaine a voulu aussi miser sur l’oenotourisme.  La construction de ce nouveau chai conçu à coup de 8 millions d’euros permettra de concilier ce désir de plaire aux amoureux du vin et de l’architecture.  Mario Botta qui est considéré comme le maître de la lumière et de la gravité a certes atteint son objectif.  Ce magnifique bâtiment suivant la course du soleil,  fait face à l’est.  Il se dresse avec des racines à plus de 8 mètres dans le sol,  tout en s’élevant dans vers le ciel avec sa tour de plus 15 mètres en surface.  Nous aurons la chance d’admirer cette vue imprenable sur le paysage vallonnée des environs à partir de la terrasse adjacente à la salle de dégustation.  C’est l’endroit rêvé pour admirer les vignes du Château Faugères et de Peby Faugères. 

Une magnifique vue sur le vignoble
Les caractéristiques du vignoble et des équipements techniques
Château Faugères possède un encépagement de 85 % Merlot, 10 % Cabernet franc et 5 % Cabernet sauvignon qui s’étend sur 37 hectares. Les vignes sont âgées en moyenne de 35 ans.  L’élevage va nécessiter environ 14 mois, 50 % en barriques neuves de chêne français et 50% en barriques d’un vin.  Pour Péby Faugères qui fait à peine 7,45 hectares, sur un coteau argilo-calcaire d'un seul tenant, orienté sud-sud est, l’encépagement est à 100% Merlot. L’âge moyen des vignes est de 45 ans et le vin sera élevé pour une période de près de 18 mois sur lies fines à 100% en barriques neuves de chêne français.  On va produire près de 65 000 bouteilles du Château Faugères, tandis que seulement 12 000 bouteilles seront produites en moyenne pour le Péby Faugères.   Chacun de ces vins a aussi son second vin.  Pour le Château Faugères, il y a le Haut Faugères et pour le Péby, on a Le Merle de Péby Faugères.  On produit aussi un autre vin appelé le Château Cap de Faugères mais sur l’appellation Castillon - Côtes de Bordeaux, qui fait environ une trentaine d’hectares.  L’âge moyen des vignes est de 30 ans et l’encépagement est aussi dominé par le Merlot à 85%  avec 10 % de Cabernet franc et 5 % Cabernet sauvignon.  C’est le vin qui est produit en plus grand volume soit 100 000 bouteilles en moyenne.
Le vin nécessite un vieillissement de 12 à 14 mois, dont 60% en barriques d’un vin et 40% en barriques de deux vins.

Le cuvier de bois 
Lors de notre visite, nous aurons aussi la chance de voir les équipements pour la vinification qui est fait par gravité. Le remplissage des cuves utilise donc cette méthode gravitaire, et on procède à une macération pré fermentaire à froid.  Pour sa part, le cuvier est constitué de 46 cuves de bois en chêne français de Taransaud.  Ces cuves de différentes tailles pour favoriser la vinification en parcellaire sont de formes tronconiques et sont thermo régulées. Les fermentations malolactiques sont effectuées partiellement en barriques neuves (50%), et une cuvaison douce de trois semaines sera aussi appliquée.  Pour le Péby, on fera des pigeages, mais pas de filtration. 
L’élément central du bâtiment est constitué d’un vaste ascenseur qui en plus d’être au service du vin facilite la vie des travailleurs.  Dans les chais, on remarquera la présence du système OXOline que l’on a vu à quelques reprises dans le Bordelais. Une autre particularité de Faugères, c’est ici que l’on a pu observer le plus grand nombre de tonneliers utilisés pour le vieillissement des vins, soit une dizaine. La plupart font appel entre 4 et 8 tonneliers différents.  Le directeur technique, Alain Dourthe-Larrère, est ingénieur-œnologue depuis 15 ans sur la propriété et dirige une équipe de près de 30 personnes.   Nous n’avons pas eu le plaisir de le rencontrer, mais nous avons pu apprécier son témoignage par le biais d’une présentation vidéo, juste avant de passer à la dégustation.  

S’abreuver du délice des arts
Pour terminer notre visite dans la région de Saint-Émilion et à Faugères, nous avons pu déguster trois vins soit le Haut-Faugères 2006, le Château Cap de Faugères 2008 et un Péby Faugères 2004. 

La nouvelle étiquette du Péby Faugères versus l'ancienne
Fait important à souligner, le propriétaire Silvio Denz a donné au Péby Faugères son image définitive avec le millésime 2009.  Désormais, le Merle et les Raisins, dessin de René Lalique datant de 1928, est gravé sur les bouteilles du Château Péby Faugères.  Étant lui-même un collectionneur d'art et passionné de Lalique,  Denz a voulu symboliser ses deux passions, soit celle du vin et de l’art dans une même réalisation.  D’ailleurs, sur le site internet du domaine, on retrouve un lien d’explication entre le merle, l’oiseau et le Merlot, cépage unique du Château Péby Faugères.  Le nom merlot proviendrait du merle (en patois, le merlot est un petit merle) de par sa couleur noire comme le merle, ou du goût de ce dernier pour le raisin.

Le 2004 est le dernier millésime de Corinne Guisez.  Il se présente avec une jolie robe rubis foncé et des arômes de mûres, de chocolat noir et de violettes. Un vin charmeur tout en étant corsé, il glisse en bouche avec ses tanins veloutés.  Son potentiel de garde est d’autant plus impressionnant malgré le fait qu’on puisse déjà l’apprécier.  On pourrait le conserver facilement jusqu’en 2025.  C’est un vin dense et solide qui met en valeur ce terroir exceptionnel de l’appellation Saint-Émilion.

Pour ce qui a trait au Cap de Faugères 2008, on a droit à un vin également en puissance.
Le parfum est d’une belle intensité avec ses arômes de baies, de fruits rouges et d’épices douces.  Un vin  généreux, persistant et d’un bel équilibre.  On ne saurait résister à une pièce de gibier grillée pour l’accompagner. 

L'oeuvre de Botta en arrière-plan
Quant au second vin du Château Faugères, le Haut Faugères 2006, ce vin en était seulement à son troisième millésime à être produit.  Le Haut Faugères 2006 a obtenu 91 points du Wine Spectator et offre une bonne dose de fruits au nez,  avec une touche de minéralité et d’herbes fraîches.  Un vin corsé,  également assez velouté en texture, et qui offre une longueur très appréciable en finale.

Pour notre dernier arrêt dans Saint-Émilion, nous avons été gâtés. Nous reprenons la route vers le sud, après une courte séance de photographie dans les vignes. Nous sommes attendus en après-midi dans la région du Gers,  pour la visite du Domaine de Tariquet près d’Eauze.  

samedi 17 novembre 2012

Wine Spectator : Le vin de l’année est…un autre vin américain!

Le vin de l'année 2012 du Wine Spectator

Pour la 4e année consécutive, le Wine Spectator a favorisé un vin américain en tête de son classement du Top 100 de l’année 2012.   L’honneur revient au Shafer Vineyards Relentless Napa Valley 2008, qui s’est mérité la note de 96 points.   

Le fondateur de ce domaine de Napa Valley, John Shafer et son fils Doug,  ont produit leur premier millésime  au vignoble en 1978. Le vin primé de 2012 est élaboré d’un mélange de Syrah et de Petite Syrah.   Le premier millésime du Relentless a pour sa part été produit en 1999.  Il faut préciser que ce vin de longue garde passe près de 30 mois de vieillissement en fût de chêne français. 

Dans le top 10 de 2012 du magazine Wine Spectator, les vins américains sont au nombre de 3.  La France a récolté 4 vins dans le Top 10 dont 2 vins de la région de Bordeaux et 2 du Rhône.  La France n’a pas été en mesure de remporter la pôle position du classement depuis 2007.  Un vin d'Italie, un vin d’Argentine et un vin d’Australie complètent le Top 10. 

Soulignons que c’est lundi que nous connaîtrons les positions 11 à 100 alors qu'elles seront dévoilées sur le site Internet du Wine Spectator.  Malheureusement, aucun des vins du  top 10 de 2012 ne sont disponibles sur les tablettes du Nouveau-Brunswick. 

jeudi 15 novembre 2012

Le gagnant du Top 100 du Wine Spectator en 2012 est…


Depuis mercredi,  le Wine Spectator dévoile son Top 100 des meilleurs vins de 2012.  Ce dévoilement de la bible du vin aux États-Unis divulgue goûte à goûte son Top 10 d’ici vendredi.  Déjà les positions 10 à 2 sont connues et il faudra attendre demain pour connaître le premier de classe.  Depuis quelques années, les vins américains ont été les plus primés en tête de classement.  Il ne serait pas étonnant de voir un vin français au sommet de la liste d’autant plus que les millésimes 2009 et 2010 de Bordeaux ont été grandement encensés depuis  quelques années.   

Le Wine Spectator n’a pas retenu de vins de France en tête depuis 2007 alors que le Clos des Papes Châteauneuf-du-Pape 2005 s’était hissé au sommet. L’an dernier, c’est un Pinot noir de Sonoma qui avait remporté la palme soit le Kosta Browne Sonoma Coast 2009 à 52$.  Un autre vin de Californie avait été retenu en première position en 2010, soit le Saxum James Berry Vineyard Paso Robles 2007 à $67.

En 2009 un vin de l’État de Washington, soit le Columbia Crest Cabernet Sauvignon Columbia Valley Reserve 2005 qui avait causé la surprise.  En 2008 pour la première fois dans l’histoire du Top 100, c’est un vin chilien, le Casa Lapostolle Clos Apalta Colchagua Valley 2005 qui avait reçu les honneurs de la première position.  La liste complète du Top 100 sera disponible lundi le 19 novembre.


Voici les positions de 10 à 2 en attendant le grand gagnant :

No. 10 - Achával-Ferrer
Malbec Mendoza Finca Bella Vista 2010
95 points / $120
1,250 caisses importés
Mendoza, Argentine

No.9 - Ciacci Piccolomini d’Aragona
Brunello di Montalcino 2007
94 points / $60
3,750 caisses produites
Toscane, Italie

No.8 - Beringer
Cabernet Sauvignon Knights Valley Reserve 2009
94 points / $45
3,602 caisses produites
Sonoma County, Californie

No. 7 - Shea
Pinot Noir Willamette Valley Shea Vineyard Estate 2009
94 points / $40
3,555 caisses produites
Willamette Valley, Oregon

No. 6 - Château Léoville Barton
St.-Julien 2009
95 points / $105
21,000 caisses produites
Bordeaux, France

No. 5 - Château Guiraud
Sauternes 2009
96 points / $60
11,000 caisses produites
Bordeaux, France

No. 4 - Clos des Papes
Châteauneuf-du-Pape 2010
98 points / $128
5,600  caisses produites
Vallée du Rhône, France

No. 3 - Two Hands
Shiraz Barossa Valley Bella’s Garden 2010
95 points / $69
4,000 caisses produites
Barossa Valley, Australie

No. 2 - Château de St.-Cosme
Gigondas 2010
95 points / $41
3,330 caisses produites
Vallée du Rhône, France

No. 1 – Dévoilement vers midi le 16 novembre

Pour plus de détails, visitez le site Internet du Wine Spectator

Le Beaujolais nouveau débarque timidement au Nouveau-Brunswick


Avec l’arrivée du Beaujolais nouveau aujourd’hui,  nous vous partageons quelques informations concernant ces produits qui sortent en même temps dans le monde soit le troisième jeudi du mois de novembre.  Le cru 2012 a subi des intempéries et la récolte est deux fois moindre.  Habituellement près de 6 produits se retrouvaient sur les tablettes d’Alcool NB. Cette année ce nombre est réduit à quatre, voici donc la liste des produits disponibles au Nouveau-Brunswick et les notes de dégustation:
Le Beaujolais nouveau 2012

Hommage aux Acadiens Beaujolais Nouveau 2012 à 15.99$ (0012201354462)
Totalement fruité aux premiers arômes du Gamay, il est aéré par sa structure intelligente, rafraîchi par l’acidité spécifique du Beaujolais Nouveau.  Nous pouvons l’apprécier au bar avec des amis, pendant un repas comprenant de la viande et des fromages frais.

Beaujolais Nouveau Mommessin 2012 à 15.99$  (3264380077596) 
Couleur rouge rubis intense.  Avec des arômes puissants de cassis, de creise et de framboises donnant un attrait incroyable au premier nez.  Délicieux, très élégant et charnu pour le palais avec un fini très doux et velouté et, bien sûre une belle longueur.  Un vin facile à boire pour une valorisation immédiate !

Henry Fessy Beaujolais Nouveau 2012 à 15.99$  (3433221000295)
Notre Beaujolais Nouveau 2012 est un joli vin frais et léger.  Il présente des notes agréables de fruits mais aussi un caractère fort qui le rend délicieux à boire avec des hors d’œuvres, plus particulièrement de la charcuterie.

Duboeuf Beaujolais Nouveau 2012 à 15.99$ (3351650000214) 
Le Beaujolais Nouveau 2012  une robe rouge rubis attrayante.  Les premiers arômes sont complexes et orientés vers les raisins frais et les baies rouges.  Ensuite, il révèle des arômes de pêches de vigne.  En bouche, ce vin est doux et fruité et il apporte à votre palais le plaisir d’un grand vin nouveau !

Le Beaujolais nouveau en chiffres :

Nombre de bouteilles : 50 millions en moyenne, soit 1/3 de la production totale du vignoble beaujolais.
Nombre de bouteilles exportées : 18,5 millions de bouteilles.
Nombre de bouteilles vendues en grande distribution : près de 9 millions.
Nombre de bouteilles vendues dans le secteur traditionnel des cavistes et restaurants : plus de 20 millions. 

Source : HachetteVins.com

Cette année la récolte sera de moins de 30 millions de bouteilles, du jamais vu, et pire on estime que près de 500 exploitations sur les 3 000 du vignoble « seraient sur la sellette » comme le rapporte le site web ouestfrance.fr.

Événement marketing

La sortie du Beaujolais nouveau est accompagnée d’une campagne de marketing à grande échelle à chaque année. Pour le millésime 2012, c'est une étudiante de l'Esmod Lyon, Lucinda Rossat, qui est parvenue à réinterpréter le flacon, en lui donnant des allures de Top Model par le biais d’un concours de l’InterBeaujolais afin de trouver le meilleur habillage de la bouteille de son Beaujolais Nouveau 2012.


Pour plus de renseignements, veuillez consulter le site Internet du Beaujolais nouveau.

Apprenez l’histoire du Beaujolais nouveau sur le site Hachette. 


dimanche 11 novembre 2012

Château Angélus : quand la qualité résonne à l’unisson


Jeudi 30 août, 14 h, nous circulons dans les méandres des ruelles de Saint-Émilion en direction d’un autre rendez-vous à ne pas manquer dans le paysage viticole du Bordelais.  Avec ma conjointe, à bord de notre Renault de location,  mon GPS me suggère d’aller à l’ouest de la charmante cité fortifiée.   À peine 7 minutes de balade dans un décor un peu plus vallonnée,  je suis déjà à destination.  Un peu confus face au chantier de construction qui se dresse devant moi, je parviens à me trouver un stationnement non pas sans peine.  Heureusement, nous sommes un peu en avance à notre rendez-vous avec Laurent Benoît, responsable des relations publiques. Malgré des ouvriers qui s’activent autour d’importants travaux entamés cette année, ce grand jeune homme saura nous guider d’une main de maître.
Des travaux se déroulent depuis cette année

Il nous explique que selon les plans prévus, la physionomie du château actuel sera transformée. Dessinée par un architecte des Bâtiments de France, la nouvelle mouture prévoit une tour, un nouveau chai et différentes salles.  On devrait notamment agrandir le cuvier et doté l’endroit d’un clocher agrémenté de cloches, pour honorer le nom du château. D’ailleurs, il est possible que l’on puisse jouer l’hymne nationale du pays d’origine des visiteurs lorsqu’ils seront en visite au château. Certains châteaux font flotter le drapeau du pays des visiteurs mais chez Angélus, on va plutôt vers l’innovation!

Angélus passe de B vers A
Lors de notre passage au Château Angélus, la propriété était classée au rang de premier grand cru classé B dans le classement des vins de Saint-Émilion.  Toutefois, quelques jours suivant notre visite, le nouveau classement 2012 des vins de Saint-Émilion l’a propulsé au sommet du classement à titre de premier grand cru classé A. Avec Château Pavie, Angélus rejoignait alors Cheval Blanc et Ausone qui étaient les deux seuls domaines à bénéficier de ce statut prestigieux depuis l’implantation du premier classement en 1955.  Ce classement a été revu six fois depuis sa création soit en 1959, 1969, 1986, 1996, 2006 et 2012. Quatre châteaux au lieu de deux sont désormais classés au plus haut niveau de l'appellation,  parmi les 18 premiers grands crus classés.
Le millésime 2007

Histoire de famille et de cloches
Le passé du Château Angélus est lié intimement à celui de la famille Boüard de Laforest qui en est propriétaire depuis la fin du 18e siècle.  Angélus doit son nom à la situation du vignoble, d'où les vignerons pouvaient entendre sonner les clochers de l'Angélus des trois églises environnantes et ce, à trois reprises durant la journée.

Le domaine s'est agrandi graduellement pour atteindre aujourd’hui quelque 34 hectares.  C’est le comte Maurice de Boüard de Laforest, alors propriétaire d'un domaine adjacent, qui hérite en 1909 du Château Mazerat d'une de ses tantes. Puis, en 1929, il fait l’acquisition du Clos de l'Angélus, un vignoble adjacent.  En 1979, Hubert de Boüard, fils de Jacques de Boüard, obtient son diplôme d’œnologie.  Il fera son arrivée à la propriété en 1984 pour reprendre l'exploitation familiale en 85 en y introduisant de nouvelles techniques jusque là inédites parmi les grands domaines bordelais.  Il va notamment introduire la parcellisation des vignobles, la chute des rendements pour obtenir plus de concentration et le contrôle de la température en cuve.  Évidemment, cela va engendrer un peu de conflits avec les générations précédentes qui ne sont pas habituées de voir les productions de vins diminuées.  Toutefois, avec sa passion, Hubert de Boüard  va devenir témoin de la reconnaissance de ses efforts dans le travail et l'innovation, car Angélus accède en 1996 au rang de premier grand cru classé B. C’est une première dans l’histoire du classement, car aucun château auparavant n’était passé du rang de grand cru classé à celui de premier grand cru classé.

Le vignoble et ses caractéristiques
L’appellation Saint-Émilion représente 5% de Bordelais avec ses 5400 hectares.   Près de 1000 châteaux se partagent ce terroir exceptionnel et si Château Angélus fait à lui seul 34 hectares, soit l’une des plus vastes de l’appellation,  il y a des propriétés qui n’ont que quelques hectares.   Au vignoble, 25 hectares et demi sont consacrés à l’Angélus alors que les neufs hectares restants le sont pour la production du second vin, soit Les Carillons de l’Angélus. En termes de bouteilles, c’est donc près de 100 000 pour le grand vin et 25 000 pour le second.  Le sol du domaine est varié avec son relief appelé «pied de côte» dont l’exposition du vignoble est franc sud.  Le sol est sableux tout en présentant différents niveaux argilo-calcaire. 
Le Merlot et le Cabernet franc caractérisent Angélus

Comme quelques rares vins de Saint-Émilion, le Cabernet franc est presque aussi présent que le Merlot.  En fait, l’encépagement est de 50% Merlot, 47% de Cabernet franc et 3% seulement de Cabernet sauvignon.  Le vin tire sa richesse et sa rondeur du Merlot alors que le Cabernet franc apporte des tanins qui favorisent la longue garde.  Les vins se consomment toutefois dans une période relativement jeune.  Déjà, le 2005 est accessible bien que l’on suggère pour plusieurs vins de ce millésime de cette appellation d’attendre de 10 à 15 ans avant d’y toucher.  Laurent Benoît nous confie que même sa couleur semble avoir changé depuis 6 mois et démontre une belle souplesse en bouche.  Le vignoble du Château Angélus offre un rendement de 30 à 35 hectolitres à l’hectare et les vignes ont un âge moyen de 45 ans.  On va procéder à une vendange verte en faisant un passage jusqu’à deux reprises au besoin.  On va pratiquer cette technique fin juin début juillet et plus tard en août.  Monsieur Benoît nous assure que les 34 hectares reçoivent la même qualité de soins que ce soit pour le premier ou le second vin.
Le nettoyage des cuves avant les vendanges

Un ménage à trois dans les cuves

Nous allons visiter la cuverie qui, pour le moment, n’était pas affectée par les travaux.  Le travail de tri se fait à 100% manuellement lors de la réception des raisins. La machine à fibre optique a été délaissée par manque de précision et pour la difficulté de recalibrer la machine.   La vinification va se faire de façon parcellaire comme c’est de plus en plus la pratique.  Ce qui est aussi particulier dans le cas d’Angélus, c’est que l’on utilise les trois types de cuves soit l’inox, le béton et le bois.  Ce ménage à trois dans les cuves permet donc de tirer profit du meilleur de chaque type.  On va favoriser la vinification du Merlot dans l’inox, du Cabernet franc dans les cuves de bétons et des raisins des meilleures parcelles dans le bois.  La porosité du béton semble favoriser son mariage au Cabernet franc qui procure la typicité du côté tannique au vin sur la base des expériences d’Hubert de Boüard.  

Boire comme James Bond
Des visiteurs comblés
Nous allons terminer notre visite avec la dégustation d’un Château Angélus 2007.  Ce millésime relativement classique a été décrié à tort comme un petit millésime et ce, même avant que les vendanges ne soient terminées.  Parker lui a tout de même accordé une note de 92 points, tandis que le Wine Spectator jouait plus faiblement en lui attribuant un 88.  Pour ma part, j’ai été grandement impressionné par les qualités de ce 2007. Ayant déjà dégusté un Angélus 1998 et un 2005 qui figurent dans le classement de mes 20 émotions de dégustation du Griffin 2012, respectivement au 8e et 11e rang,  j’avais quelques bons repères.  Constitué de 62% de Merlot, ce 2007, tout en fraîcheur, était déjà doté d’une maturité intéressante dont le fruit et la finesse étaient au rendez-vous.  La bouche est soyeuse et juteuse sans négliger sa finale en longueur.  Ce fut décidemment mon plus grand plaisir de dégustation dans les grands crus du Bordelais lors de mon séjour.  Angélus a connu de très bonnes années avec le 2008, le charmeur 2009 et le solide 2010.  Cette ascension au rang de premier grand cru classé A n’est pas un hasard, c’est la consécration du travail de ses artisans à vouloir produire des vins de qualité et la passion d’Hubert de Boüard.  Pas étonnant que même au cinéma, le vin soit associé à d’autres grands classiques, comme le célèbre agent 007 James Bond, alors qu’une bouteille d’Angélus 1982 apparaît dans une scène de Casino Royale de Martin Campbell!


La relève est déjà en préparation chez Angélus avec la 8e génération. Bien que Jacques de Boüard, père d’Hubert, vive encore sur la propriété à l’âge de 90 ans, on prépare déjà le terrain pour ses petits-enfants : Coralie, Stéphanie, Matthieu et Quentin.  Les cloches vont donc sonner encore longtemps avec comme arrière-scène, la résonance de la qualité d’Angélus et de Saint-Émilion.  Nous quittons le Château Angélus avec nostalgie en pensant à demain, car le Château Faugères sera notre dernière visite dans cette région, avant de faire un simple détour par la Gascogne et Sauternes. 

mardi 6 novembre 2012

Château Cheval Blanc : le pur-sang du vin de Saint-Émilion

L'oeuvre de Christian de Portzamparc

Cette année, Noël est arrivé le 30 août dernier!  Qui a déjà eu la chance de visiter, dans la même journée, deux châteaux prestigieux comme Cheval Blanc et Angélus?  C’est du moins l’expérience mémorable que nous avons eu la chance de vivre mon épouse et moi-même.  Nous étions déjà impressionnés d’avoir visité deux fabuleux vignobles la veille,  et nous voilà à la porte d’un premier grand  cru classé A.  Ce que nous ne savions pas, par contre, c’est que nous aurions la chance de visiter un autre premier grand cru classé A le même jour.  En effet, la sortie du nouveau classement des vins de Saint-Émilion, publié quelques jours après notre passage dans cette région,  aura consacré également le Château Angélus au rang de premier grand cru classé A avec Pavie et Ausone.

Apprivoiser le cheval tranquillement
Ma conjointe et moi avons quitté notre hôtel, Le Logis des Remparts de Saint-Émilion, un peu plus tôt que prévu afin de s’assurer d’être à l’heure pour ce premier rendez-vous de la journée,  soit Cheval Blanc. Lors d’une rencontre amicale en décembre 2010, ma conjointe a eu un coup de cœur en dégustant un Cheval Blanc 1996. Depuis ce jour, il est devenu son vin fétiche. Ce vin d’une valeur de près de 900$ la bouteille a d’ailleurs le mérite de trôner au sommet de mon palmarès des dégustations du top 20 émotions  de dégustation dans mon guide Griffin 2012.   De plus, le second vin de cette propriété, soit le Petit Cheval, est aussi au 14e rang de mon classement personnel avec son millésime 2003. 

Une identification sobre
À notre arrivée en voiture chez Cheval Blanc nous  constatons que la propriété n’a pas besoin de publicité,  d’autant plus qu’une simple petite affiche blanche en métal porte l’inscription du nom du domaine en transparence.  Cheval Blanc tente de se faire discret dans le décor Saint-Émilionnais car la propriété n’est pas ouverte au public, sauf sur rendez-vous.  L’architecture va par contre capter notre attention avec cet équilibre entre la modernité des nouveaux bâtiments et l’aspect historique du château.  À l’intérieur de la réception, nous sommes immédiatement interpelés par cette vaste peinture d’un magnifique cheval immaculé qui trône près des fauteuils de la salle d’attente.  Quelques minutes s’écoulent et la représentante des relations publiques du domaine, Françoise Duhar, vint nous rejoindre pour nous guider à travers la propriété et ainsi nous permettre d’apprivoiser les lieux en douceur.

Un tableau significatif
Un bon ménage entre le Merlot et le Cabernet Franc
 Le domaine de Cheval Blanc est à la limite de Pomerol, avec comme voisins Pétrus et Château L’Evangile.  La particularité du Château Cheval Blanc réside entre autre au fait que le vignoble n’a pas de Cabernet Sauvignon pour l’élaboration de ses vins.  C’est le Cabernet Franc et le Merlot qui sont à l’honneur.  Ces deux cépages sont cultivés sur les 37 hectares du vignoble.  La plus ancienne parcelle du domaine, le numéro 14,  date de 1920 et c’est du Cabernet Franc qui y pousse.  D’autres vignes de Merlot et de Cabernet Franc sont aussi très âgées et remontent à 1930.   D’ailleurs, ce fut un choix des propriétaires de l’époque de ne pas utiliser de Cabernet Sauvignon malgré le fait que le sol est propice à la culture de ce cépage.  Les propriétaires subséquents ont respecté cette pratique.  Aujourd’hui, l'encépagement du Cheval Blanc est composé à 60 % de Cabernet Franc et à 40 % de Merlot.  Une quinzaine de personnes travaillent à l’année dans les vignes de Cheval Blanc.  Le vignoble est aussi caractérisé par trois types de sol.  Habituellement, le sol de Saint-Émilion est plutôt de type argilo-calcaire.
De vieilles vignes du domaine

Le calcaire n’est cependant pas présent ici, car on a un mélange d’argile de couleur bleu ferreux, des portions avec du sable et d’autres d’un mélange de graves et de sable. Ce sont des conditions quasi parfaites pour la vigne, car ce mélange fournit une régulation naturelle de l’eau.   De plus, on pratique une agriculture raisonnée et lorsque l’on arrache des vignes qui ne produisent plus ou qui ne sont plus saines, on place la terre en jachère pour au moins 3 ans. Le vignoble de Cheval Blanc offre un rendement d’environ 35 hectolitres par hectare.

Entre tradition et modernité
Ce prestigieux fleuron de la viticulture Bordelaise a été la propriété de la famille Fourcaud-Laussac pendant plus de 150 ans. Racheté en 1998 par le belge Albert Frère et Bernard Arnault est administré par Pierre Lurton. D’ailleurs, en 1998, on a profité du changement de propriétaire pour restaurer l’intérieur du château. Depuis, on y accueille essentiellement des professionnels du milieu du vin et il n’est donc pas ouvert au public.  

La plus grande attraction de Cheval Blanc depuis juin 2011, c’est son impressionnant chai dont les travaux ont été menés par l’architecte de renom Christian de Portzamparc.  Les travaux ont été amorcés en janvier 2010 et finalisés en juin 2011 avec un souci évident pour l’esthétisme avec ses courbes mais aussi pour permettre aux travailleurs de profiter des avancements technologiques tout en respectant les traditions du milieu de la viticulture.   Afin de remplacer les anciens bâtiments viticoles devenus désuets, la facture serait estimée à plus de 13 millions d’euros.  La modernisation des installations viticoles à travers le monde n’échappe pas au Bordelais.  Déjà plusieurs propriétés ont entamé des transformations majeures comme Faugères, Cos d’Estournel, Cheval Blanc ou Lafite Rothschild. D’autres sont présentement en train de le faire comme c’est le cas chez Angélus, Palmer, Talbot, Montrose, Pétrus, Mouton Rothschild et le château voisin de Cheval Blanc, soit La Dominique.  L’engouement pour le besoin de séduire se traduit également par le choix de grands noms pour refaire les installations des grands crus.  Après Mario Botta à Château Faugères, Jean-Michel Wilmotte à Cos d’Estournel, c’est au tour de Jean Nouvel de recevoir le mandat de revamper les chais du Château La Dominique. Avec tant de grands noms,  l’expression "starchitectes" du Bordelais est née.
Comme plusieurs me l’ont confié, les affaires ont été très bonnes dans Bordeaux dans les années 2000 et les propriétaires ont compris avec les leçons du passé que c’est le bon moment d’investir.


De classe et de béton

Un cuvier de béton
En visitant le nouveau chai de Cheval Blanc on est presque en état d’apesanteur.   On a un sentiment de légèreté dans cet environnement zen avec ses courbes et ses lignes très pures, très minimalistes.  L’impression est telle qu’on ne sent pas enfermé en déambulant dans ce merveilleux décor dont l’accès est ultra sécurisé et bien protégé.   On a une vue constante sur les vignes ce qui agrémente la tâche des travailleurs à l’intérieur, de même que le plaisir des visiteurs.  Devant nous se dressent des cuves en béton,  soit 52 cuves qui permettent de faire la vinification des 44 parcelles du vignoble.   Il y a 9 tailles de cuves différentes.  La plus grande fait 113 hectolitres et les plus petites autour de 20 hectolitres.  Ces nouvelles cuves de forme tronconique ont été faites sur mesure et un brevet à même été déposé pour chacune d’elles à Venise en Italie pour Cheval Blanc. On a vinifié le  millésime 2011 des 44 parcelles en utilisant 41 cuves  et ce sera donc le premier millésime à être fait dans ces chais. 

On a aussi misé sur la gravité avec ces nouvelles cuves de béton.  On a donc voulu protéger la qualité des raisins avec l’utilisation de cuvons en inox qui s’élèvent vers le sommet des cuves de béton pour faciliter le transfert des raisins.  Il y a aussi 7 cuves en inox pour permettre l’assemblage qui se fait également par gravité.  Les vendanges se font par une cinquantaine de travailleurs sur une période d’environ trois semaines.  On débute par le Merlot et 10 jours plus tard, on passe à la récolte du Cabernet Franc qui est plus tardif comme cépage.  On va transporter les raisins en cagette vers la réception des vendanges et les raisins seront soumis à l’examen de deux tables de tri.  On a beau avoir des équipements modernes, il y a quand même une attention de porter envers les pratiques de vinification qui demeurent très artisanales.  On va fonctionner par remontage manuel durant le processus, mais on ne fera pas de pigeage. 

À dos de cheval
Après avoir visité l’étage du haut, nous allons sur le toit du nouveau bâtiment par le biais d’un ascenseur.  Lorsque la porte s’ouvre, une vaste terrasse s’offre devant nos yeux.  Il est donc possible de faire des réceptions à l’extérieur, tout en profitant de ce décor magnifique des vignes qui font partie du patrimoine mondial de l’Unesco.  À l’une des deux extrémités de cette terrasse, on aperçoit aussi les tourelles et la toiture du château de la portion historique de Cheval Blanc.  Lorsque l’on prend la peine de regarder le nouveau bâtiment de loin, on a l’impression que ses lignes ressemblent aux formes d’une selle de cheval.  On pourra dire qu’on a monté sur le dos de Cheval Blanc en accédant à sa terrasse. Après cette petite bouffée d’air qui invite à la détente, nous avons regagné l’ascenseur pour descendre dans le chai à barriques. 

Le chai à barriques
À notre arrivée dans ce temple au culte du vin, nous avons devant nous les quelques 400 barriques où vieillissent le précieux liquide qui façonnera le millésime 2011. Annuellement, Cheval Blanc produit environ 120 000 bouteilles dont 80% proviennent du grand vin et 20% pour le second vin, soit le Petit Cheval.   Aucune pompe, aucun tuyau ne traînent dans ces lieux, car l’architecte a pris soin de penser à tout.  Donc par soucis d’épuration, on a aussi dissimulé la quincaillerie servant au travail à l’intérieur.   On procédera à sept soutirages durant l’élevage qui va durer 18 mois pour le grand vin avec une utilisation de barriques neuves à 100%.  Pour le second vin, l’élevage va durer 12 mois et profitera d’un pourcentage élevé de 50% de barriques neuves.   Pas moins de 6 tonneliers différents seront utilisés avec une chauffe moyenne, ce qui ajoute à la subtilité aromatique de ces bébés fluides.  La mise en bouteille est effectuée par le biais d’une firme externe qui s’installe avec son camion pour que cette opération se fasse directement au château comme c’est l’exigence dans le Bordelais pour porter la mention de Château.

La grande chevauchée
Le Cheval Blanc 2006, 95 points par Parker
La visite s’est terminée par la dégustation d’un Cheval Blanc 2006.   Ce vin noté 95 points par Robert Parker se vend 1300$ à la SAQ, légèrement plus dispendieux que le 2005.  Inutile de vous dire qu’on ne verse pas ce genre de vin à tous ceux qui viennent cogner à la porte du vignoble pour une simple visite. On parle d’une dégustation à près d’une cinquantaine de dollars l’once.  Je dirais toutefois que c’est une once de bonheur, quelques gorgées d’un plaisir intense et qu’il serait odieux de le cracher.  Je dirais sans trop d’hésitation que le Cheval Blanc est un vin comparable à un pur- sang. C’est un vin racé, gracieux et élégant qui demandera un certain temps avant de se laisser approcher.  C’est un vin qui pourra quand même se consommer dans sa jeunesse, mais en affichant quand même une certaine fougue.  Le 2006 est un vin viril, structuré aux parfums de fruits principalement de mûres, de tabac blond et de cèdre.  Un vin qu’on a le sentiment de sentir  ruer dans les brancards avec puissance, tout en démontrant du charme et de l’harmonie.  Pour avoir déjà goûté un 1996, je dois dire que vous aurez du mérite à retenir vos élans avant de sortir ce type de vin de votre cellier dans les 10 ans minimum suivant son millésime.

Voilà donc un début de journée des plus inspirants, car suite à notre visite au Cheval Blanc, nous profitons du village de Saint-Émilion pour casser la croûte et ensuite, direction Château Angélus. 

vendredi 2 novembre 2012

Figeac grandeur et splendeur du Cabernet à Saint-Émilion


Lors de notre passage à Saint-Émilion, plusieurs propriétés viticoles étaient dans l’attente du dévoilement du nouveau classement des grands crus de cette prestigieuse appellation.
En fait, nous avons séjourné dans cette région du 29 au 31 août dernier et le verdict a été rendu le 6 septembre suivant.   Considérant ce nouveau classement, on peut affirmer que nous avons eu la chance de visiter 4 propriétés produisant un premier grand cru  classé et un domaine produisant deux grands crus. 

Plus de 40 hectares de vignes en production
Le plus médocain des vins de Saint-Émilion
Après notre visite du Château Troplong Mondot en début d’après-midi le 29 août, nous étions attendus au Château Figeac, le plus médocain des domaines de Saint-Émilion. En fait, si c’est le Merlot qui domine habituellement dans les vins de l’appellation, dans le cas présent,  c’est le Cabernet qui règne en maître à Figeac en raison de la présence d’un sol de graves.  Figeac est aussi  le plus grand domaine viticole de Saint-Émilion avec 54 hectares dont une quarantaine en production et d’un seul tenant.   Cheval Blanc et Château Faugères possèdent chacun environ 37 hectares.   Bien qu’il y ait des graves comme en Médoc, elles ne sont pas de la même origine, car celles de Figeac proviennent du Massif centrale et datent de l’ère quaternaire.   Ce sol qui est à base de quartz aurait été déplacé par les glaciers sur une soixantaine d’hectares dans l’appellation Saint-Émilion dont 40 à Figeac et une quinzaine d’hectares chez Cheval Blanc, son illustre voisin.  Ce terroir atypique fait en sorte que Figeac a la proportion la plus élevée de Cabernet de la rive droite au sein des appellations Saint-Émilion, Pomerol et  Fronsac.  L’encépagement est constitué de 35% de Cabernet sauvignon, 35% de Cabernet franc et 30% de Merlot. On pratique une culture raisonnée chez Figeac en essayant d’être le plus respectueux possible de l’environnement. 

Figeac appartient à la même famille depuis 1892
Une époque de stabilité avec la famille Manoncourt

Château Figeac est une propriété familiale très ancienne.  En remontant vers les bâtiments techniques en compagnie de notre guide, celle-ci va nous spécifier que l’on a trouvé  des vestiges des canalisations de pierre remontant à l'époque gallo-romaine au IIème siècle. Au fil de ses derniers, le château a affronté de nombreuses guerres et fait face à plusieurs incendies.  Le château d’abord d’un style Renaissance a été remplacé par un style néo-classique.  Il est possible d’apercevoir des traces de son passé alors que subsistent des portes et fenêtres dans l'aile droite du château qui remontent au Moyen Âge.

Château Figeac appartient à la même famille depuis 1892. Thierry Manoncourt y était installé depuis 1947 jusqu'à son décès survenu le 27 août 2010.  Son gendre, le comte Éric d'Aramon, s’occupe du domaine depuis 1988 avec sa femme Laure Manoncourt. Aujourd’hui, Madame Thierry Manoncourt vit toujours au château où elle eut 4 filles et 14 petits-enfants.   La renommée du Château Figeac ne date pas d’hier  car au 18e siècle, on y faisait beaucoup de commerce avec le nord de la France et les Antilles françaises qui étaient de friands consommateurs des vins de cette propriété.  Si la famille Manoncourt a marqué le 20e siècle par sa constance, on ne peut pas affirmer la même chose pour une partie du 19e siècle, car le château a connu au moins 5 propriétaires en moins de 50 ans.

À l’avant-garde dans l’élaboration de grands vins
Nous pénétrons dans la portion des bâtiments techniques alors que nous sommes dirigés vers  la salle de réception des vendanges.  D’ailleurs, en 1971, d'importants travaux d'amélioration des techniques de vinification avec la création de caves, d'un cuvier d'acier inox et d'un grand chai à barriques ont été effectués à Figeac.  On procède à deux types de tri lorsque le raisin est amené dans la salle de réception des vendanges.  Le premier se fait manuellement, puis on utilise le tri optique depuis quelques années. Lors de la période des vendanges, on va utiliser une soixantaine de porteurs et vendangeurs.  

Le cuvier de bois
Chez Figeac, on utilise des cuves en inox et en bois pour la vinification.  Le chêne va servir pour le grand vin et on utilisera l’inox pour le second vin de la propriété appelé La Grange neuve de Figeac.  La vinification et l'élevage combinent des méthodes traditionnelles (cuvier de bois, fermentation à chapeau immergé, collage aux blancs d'œuf, etc.) et l'utilisation de techniques de pointe (presse hydraulique verticale depuis 2007). * (Wikipédia)  Autre particularité, on pratique une macération à froid pendant plusieurs jours.  Pendant la fermentation alcoolique, on va procéder à des remontages trois fois par jour et des pigeages deux fois par jour.  On fera une macération à chaud pour terminer.   Le processus en cuvaison va donc prendre de 3 à 4 semaines.  L’assemblage se fera en cuve en inox.  D’ailleurs, Château Figeac a été la 3e propriété bordelaise à utiliser cette méthode dans les années 70, alors qu’aujourd’hui, une très grande proportion le fait également.   De la dizaine de cuves auparavant, 6 avaient été remplacées l’hiver dernier. C’est donc dire qu’elles vont être utilisées pour la première fois avec le millésime 2012.

Le bois au service du vin
Ma conjointe et moi dans le chai avec le millésime 2011

Nous pénétrons ensuite dans un chai où est entreposée une grande proportion du millésime 2011.  À Figeac, on utilise un choix de pas moins de huit tonneliers pour le vieillissement des vins. Ce millésime fera place au 2012 en novembre prochain, alors que les barriques du 2011 vont se retrouver dans un autre chai. En tout,  le 2011 aura bénéficié de 18 mois d’élevage en fût neuf avant sa mise en bouteilles au château.  Chaque barrique sera utilisée une dernière fois dans l’élaboration du second vin.  Le second vin, La Grange neuve de Figeac, est produit depuis 1947.  On élabore également depuis 2006,   une cuvée spéciale soit  Le Petit Figeac mais qui est réservé en exclusivité pour un négociant.  Figeac vend 80% de sa production en primeur et livre aux négociants seulement au mois de novembre.  Cela permet au vin un repos après sa mise en bouteilles et offre de meilleures conditions pour le transport). Le 20% restant sera vendu plus tard ou gardé au château pour des dégustations, réceptions ou pour permettre aux propriétaires de faire des échanges avec d’autres propriétés.

Du rêve en bouteille

Un millésime 2003
Nous avons terminé notre visite par une dégustation du millésime 2003. Le millésime 2003 est issu d’un été caniculaire mais semble avoir profité à ce vin classique de Saint-Emilion. Un vin onctueux en bouche, des parfums d’épices, de réglisse et des notes de fruits confits s’expriment avec exotisme. Une saveur de cerise envahit le palais avec un beau complément de fruits et une texture crémeuse.   Nous terminerons notre soirée dans un restaurant de St-Émilion à boire d’autres petits trésors du terroir de cette région fabuleuse en rêvant à nos deux prochains rendez-vous du lendemain : Cheval Blanc et Angélus!