mardi 30 octobre 2012

Troplong Mondot : d’agriculteur à rockstar


Mercredi 29 août, ma conjointe et moi empruntons la route départementale D1215 en provenance de Castelnau de Médoc.  Après avoir franchi le Pont d’Aquitaine et contourné la Ville de Bordeaux par la Rocade, nous sommes sur la fameuse rive droite de la Garonne et filons à nouveau vers la campagne, direction : la petite ville de Saint-Émilion. Située à 7 km au sud-est de Libourne, Saint-Émilion, la plus grande ville aux alentours,  compte un peu plus de 2000 habitants au cœur de l’une des plus prestigieuses appellations viticoles de France. 
Saint-Émilion: Cité du patrimoine de l'Unesco

Le charme de la ville est saisissant avec ses petites ruelles et ses remparts qui en font une ville mythique et attachante.  La juridiction de Saint-Émilion est inscrite depuis le 5 décembre 1999 sur la liste du patrimoine mondial au titre des paysages culturels de l’Unesco.  La région comporterait des marques d’occupation dès 35 000 avant notre ère. D’ailleurs, ce serait les Romains qui auraient introduit la culture de la vigne. À ce chapitre, on aurait découvert les traces d’une villa gallo-romaine qui aurait existé en bas du coteau.

Notre premier rendez-vous dans la région est au Château Troplong Mondot.  En sillonnant ces routes rurales, il n’y a pas de marge de manœuvre pour les conducteurs imprudents. L’étroitesse du chemin confirme le caractère champêtre des lieux.  À notre arrivée à l’accueil, un bon monsieur assis confortablement avec son journal semble surpris de nous voir franchir le seuil de sa porte. C’est Xavier Pariente, le proprio lui-même. Il est un peu étonné car il ne savait pas que sa fille nous avait donné rendez-vous et qu’elle était absente. Il s’offre donc pour nous faire découvrir son domaine. Accompagné de sa jeune chienne nommée Guapa qui signifie belle ou jolie en espagnol, nous déambulons vers les vignes près de l’immense château d’eau. Monsieur Pariente nous parle avec fierté de sa propriété dont il a obtenu la responsabilité avec sa femme, Christine Valette-Pariente, depuis le début des années 80.  En fait, c’est justement la famille Valette qui fit l’acquisition du domaine en 1869 après qu’Édouard Troplong eut ajouté son nom à la propriété de Mondot.  Édouard était le neveu de Raymond Troplong, un juriste et pair de France ayant fait l’acquisition du domaine alors connu sous la désignation de Mondot en 1850.   Raymond Troplong avait acheté ce domaine sur lequel était déjà construit le château qui existait depuis 1745  et fondé par l’abbé Raymond de Sèze.
Le sympathique propriétaire Xavier Pariente

Un site avec une vue imprenable

Du haut de la butte du lieu dit Mondot qui s’élève à 106 mètres, Monsieur Pariente nous explique avec fierté que son vignoble de 32 hectares est avec Figeac Cheval Blanc et Pavie au sein des plus vastes de l’appellation Saint-Émilion  En fait, la majorité des propriétés font de 8 à 10 hectares.  Animé par une passion sans égal envers ce vignoble qui offre une vue à 360 degrés sur l’appellation,  Xavier Pariente nous explique que beaucoup d’efforts et de sacrifices ont dû être faits pour restructurer le vignoble.  La diversité et la complexité du sous-sol est un atout mais encore faut-il que l’on puisse avoir les bons éléments aux bons endroits. Aujourd’hui constitué de 83% de Merlot et 17% de Cabernet, le vignoble de Troplong Mondot possède un sol argilo-calcaire propice au développement du Merlot mais aussi d’autres types de sol. Ces sols ajoutent au style du vin du domaine qui produit de 110 000 à 120 000 bouteilles par année.   Depuis qu’ils prennent soin du domaine, sa femme et  lui, c’est Michel Rolland qui conseille le couple au niveau viticole.

Un travail de longue haleine
Xavier Pariente confesse toutefois que le programme de replantage de certaines vignes a été soumis à un programme rigoureux, de même qu’au niveau de la réhabilitation des sols. Le tout s’est fait en tenant compte d’une étude croisée du sous-sol.  On a fait le sacrifice de 10 à 15 ans de travail, réduisant parfois la production à 50 000 bouteilles, selon certains millésimes.  On a changé des porte-greffes, des cépages ont été relocalisés, on a changé les clones tout en modélisant ce qui serait le mieux en fonction des expositions des parcelles et propriété des sols. « Quand on commence à restructurer un vignoble, c’est un peu comme s’arracher une main », tranche sèchement Monsieur Pariente.
Deux éléments d'importance: La vigne et le sol

Dans sa verve de passionné, l’homme n’hésite pas à nous expliquer en caricaturant davantage. « Vous savez, pendant des années, avant que l’on devienne des rockstars, tout le vignoble produisait du vin, mais il n’y avait pas ce côté technique et cette attention que l’on porte présentement à ce que l’on fait. Il y avait un peu de tout comme du Malbec, des cépages sans trop d’intérêt et même un peu de blancs.  Ensuite, il y a eu cette envolée des prix qui a fait de nous des rockstars, mais on est toujours des agriculteurs dans le fond.  Trente ans passés, vous savez, ce n’était pas comme aujourd’hui, c’était difficile de vendre nos vins », de renchérir le sympathique propriétaire. 


De la vie de famille jusqu’à l’oenotourisme

Le Château Troplong Mondot et résidence des propriétaires
Nous nous dirigeons vers la propriété de Monsieur Pariente, soit le château où il habite avec son épouse. Un site enchanteur situé à 120 mètres d’élévation, surplombant le ravissant village de Saint-Émilion et son église monolithe, connue pour être la seconde plus grande église du genre au monde. Pendant que Guapa profite de l’inattention de son maître pour gambader dans les vignes un peu plus bas, le patron de Troplong Mondot nous explique qu’il a conservé 2 hectares pour les bons plaisirs de la vie.  Un parc, un potager, un poulailler et des espaces pour profiter de la vie en famille bordent le château.  De plus, il y a toujours cette vue sur le plateau de Saint-Émilion où les plus grands noms de vignobles se côtoient : Trottevieille, Pavie, Ausone et Bélair.  Il ajoute aussi que 7 hectares du vignoble de Troplong Mondot sont cultivés avec des chevaux.  Dans un souci de maintenir une approche environnementale, on n’utilise aucun pesticide ni de désherbant dans cette section.   Le mode de culture est raisonné et en conversion bio.

Depuis un an, Troplong Mondot offre également une expérience oenotouristique. La propriété offre 3 chambres pour les touristes, en plus d’avoir ouvert un restaurant gastronomique.  En interpellant à nouveau Guapa, nous nous dirigeons vers les bâtiments techniques.  


Entre technique et effet climatique

Chemin faisant, nous passons à proximité de la plus ancienne partie du vignoble.  Bien que l’âge moyen des vignes de Troplong Mondot soit de 33 ans, sur cette parcelle, on a des vignes vieilles de 82 ans.  C’est à partir de ces vignes que l’on pratique la sélection massale. Nous allons ensuite vers l’entrée des vendanges du domaine.  Au moment de notre visite, on était en préparation pour les vendanges de la récolte 2012.  La cueillette se fait en cagette de 7 kilos et le tri est effectué avec la modernité du tri optique.  Depuis quelques années, un nouveau cuvier, doté de cuves tronconiques thermo régulées de petits volumes, a permis une optimisation du produit.  Les cuves tronconiques permettent une infusion plus homogène notamment pour les remontages.  

Il est vrai que les techniques d’élaboration du vin ont grandement évoluées à Saint-Émilion comme ailleurs dans le monde du vin.  Cependant, il y a peu de région au monde où la presse spécialisée porte autant d’attention sur la qualité des millésimes.  Cette situation influence grandement le prix que les consommateurs devront débourser pour se procurer le précieux nectar.  Si les récents millésimes 2009 et 2010 ont fait sauter la banque dans le Bordelais pour leur titre de millésimes d’exceptions, il y a eu par la suite une vaste campagne de dénigrement du 2011. Pour Monsieur Pariente, ça ne tourne pas rond : « Ces grandes années sont des années anormales qui se trouvent délicieuses, mais la vraie vie, ce sont tous ces millésimes que nous avons grâce à notre latitude, notre climat constitué de pluie, de soleil et de froid » affirme t-il. « On revisitera le 2011 dans quelques années en disant qu’on s’était un peu trompé et pourtant, c’est un merveilleux millésime.  C’était « challenging» pour les vignerons, mais quand on a des années comme 2009 et 2010, on est là que pour faire la sieste, vous savez » de confier notre hôte, d’un ton sérieux.  Il écorche au passage les critiques de vin en affirmant que Robert Parker est un fantasme. « Tout le monde veut  faire dire à Parker ce qu’ils veulent entendre », en lançant candidement ces mots.
Des vins à découvrir dans Saint-Émilion

Le millésime 2011 aura moins de rendement à l’hectare, mais la qualité n’en sera pas pour le moins négligée dans les précautions prisent pour en faire un bon vin.  En visitant les chais, nous y avons vu les barriques de fût de chêne qui vont probablement produire 80 000 bouteilles. Monsieur Pariente nous fait remarquer la propreté des barriques.  Plusieurs propriétés vont teindre les contours des barriques notamment pour cacher les coulisses qui peuvent surgir lors de l’opération des soutirages.  Il désapprouve cette pratique qui est selon lui, un manque de respect envers le métier et l’hygiène du produit.

L’élevage des vins de Troplong Mondotse se fait en barriques de chêne neuf pour 75% de la vendange et cela pour une durée de 12 à 24 mois, selon la structure du millésime. On optera pour des barriques d'un an pour les 25% restants. Les assemblages en fin d'élevage permettent de sélectionner le Troplong Mondot et son second vin le Mondot.  Ce second vin a été créé en 1985 et offre un rouge à majorité Cabernet qui s’est imposé au fil des années comme un grand cru à part entière, avec son élégance et sa finesse. Nous terminons cette visite par une dégustation du millésime 2007 du Château Troplong Mondot. Les conditions de la météo en 2007 auront demandé un travail précis et intensif pour maintenir l’état sanitaire des raisins. Un mois de septembre plus chaud a été bénéfique pour atteindre la pleine maturité des raisins.  Constitué de 90 % Merlot, 5 % Cabernet Franc et 5 % Cabernet Sauvignon, le 2007 est un vin racé.  D’une robe grenat très sombre, son nez offre des parfums de fruits noirs compotés et de subtiles notes boisées. Belle richesse en bouche, volumineux aux tanins charnus,  le vin s’exprime avec élégance.  Nous sommes heureux d’avoir partagé ces quelques instants de bonheur avec cet homme qui n’a pas peur de ses convictions.

Nous en avons profité pour faire quelques clichés de la propriété avant de nous diriger vers notre prochain rendez-vous, soit le Château Figac.  Ça promet!

vendredi 26 octobre 2012

Les vins primés du salon de Moncton


Comme à chaque année le mois de novembre est un moment intense pour les amateurs de vins avec son lot d’événements qui se déroulent un peu partout à travers le monde.  D’abord il importe de préciser que le Beaujolais nouveau va sortir encore sur les tablettes partout sur la planète le troisième jeudi du mois.  De plus, le prestigieux magasine Wine Spectator procède également au dévoilement de son Top 100 de l’année. Plus près de chez nous, les amateurs se donnent rendez-vous à l’Expo Vins et Gastronomie du Monde à Moncton avec un vaste choix de vins à découvrir.  De nombreux amateurs assisteront encore une fois aux quatre grandes dégustations qui auront lieu le vendredi 9 novembre et samedi 10 novembre prochain.  Le verdict des vins primés est un moment aussi très attendu car plusieurs veulent profiter de ce salon pour faire des provisions de ces vins médaillés à l’approche du temps des fêtes.  Dans un article publié par Alcool Nouveau-Brunswick sur son site Internet, Marcel Richard Conseiller en produits au magasin de Dieppe a levé le voile sur les résultats de la compétition.

D’abord dans la catégorie des rouges des pays de l’ancien monde. Les médailles pour les vins de moins de 15 dollars en rouge se présentent comme suit : la médaille d’or au JP Chenet Cabernet Merlot 2009, l’argent revient au Canapi Shiraz 2010 et un espagnol rafle le bronze soit l’Antano Crianza Rioja 2008.

Dans la gamme de 15 à 30 dollars, l’Umberto Cesari Moma a remporté l’or suivi d’autre italien soit le Lena di Mezzo Ripasso Valpolicella 2009.  Le Ricossa Barbaresco DOCG, actuellement aussi offert actuellement sur les étagères d’Alcool Nouveau-Brunswick s’est mérité la médaille de bronze.

Dans les vins rouges de 30$ et plus, un vin italien à base de Sangiovese, l’Umberto Cesari Tauleto IGT 2005 à remporté l’or.  La médaille d’argent est attribuée à un Pinot Noir de la région de Bourgogne en France,  le Domaine Parent Les Épenottes 2009. Le bronze a été accordé au Châteauneuf du Pape, Clos de l’Oratoire 2009.

Dans la catégorie des vins blancs de l’ancien monde, il semble que le nombre de produits inscrit ne permettait pas d’établir un niveau par prix. La médaille a été remportée par The Original Colombard 2011,  le niveau argent est doté d’une triple égalité avec le Bolla Pinot Grigio IGT 2010, le Vallée Loire Saumur Chenin Blanc 2011 et le Vouvray Chenin Blanc 2010 de la Loire.  Pour terminer cette catégorie, la médaille de bronze a été décernée au Mezzacorona Moscato 2011.


Pour la catégorie des vins du nouveau monde en rouge, quatre vin dominent la catégorie des vins de moins de 15 dollars.  La médaille d’or a été décernée au Wine Men of Gotham Cabernet Sauvignon 2008. L’argent revient au Bear Flag Red des États-Unis alors que le Wine Men of Gotham Shiraz Grenache 2011 et le Morse Code Shiraz 2010 obtiennent le bronze à égalité.

Pour les vins rouges du nouveau monde entre 15 $ à 30 $, la médaille d’or a été attribuée au Whitehaven Pinot Noir de Nouvelle-Zélande. Le Trapiche Las Palmas Cabernet Sauvignon 2007 d’Argentine et le Colby Red des États-Unis se partagent la médaille d’argent.  Un vin australien décroche la médaille de bronze avec le Wyndham Founders Reserve Shiraz 2009.

Toujours dans la catégorie des vins du nouveau monde, la gamme des vins de 30$ et plus a consacré un vin de Californie. Le Pinot Noir La Crema Russian River Pinot 2009 a donc décroché l’or.   Deux vins sont arrivés à égalité pour la médaille d’argent, soit le St Clement Orropas 2007 et le Ravenswood Barricia Zinfandel 2008.  Pour la médaille de bronze, le Stonestreet Monument Ridge Cabernet Sauvignon 2008 et le Las Moras Three Valley Shiraz 2009 se partagent les honneurs.  Un seul vin argentin contre un lot de vins américains.

Il semble qu’il y avait une meilleure participation  quant au nombre de produits en blanc pour les pays du nouveau monde que pour ceux de l’ancien monde. On a donc été en mesure d’établir deux niveaux de prix.

D’abord dans la tranche des vins de moins de vingt dollars, trois pays sont représentés au sein de ce groupe des gagnants.   Un Chardonnay californien, le Clos du Bois Chardonnay 2010 décroche la médaille d’or tandis que l’argent revient à un chilien, l’Errazuriz Max Reserva Sauvignon Blanc 2011. Pour la médaille de bronze, il y aégalité entre le Bear Flag White des États-Unis et le Whitehaven Sauvignon Blanc 2009 de Nouvelle-Zélande.

Pour les vins blancs de vingt dollars et plus, l’or appartient au Stoneleigh Marlborough Pinot Grigio 2011 de Nouvelle-Zélande. La médaille d’argent a été attribuée à un vin de Central Coast en Californie soit le Dreaming Tree Chardonnay 2010. Le très constant Liberty School Chardonnay 2009 s’est pour sa part mérité la médaille de bronze.  

Enfin soulignons que C’est le Mondavi Napa Valley Chardonnay 2009 pour les vins blancs qui récolte le titre de vin blanc de l’année avec le meilleur pointage au total et le Gran Devocion Carménère Syrah 2009 s’illustre de son côté pour les mêmes raisons chez les vins rouges. Dans la catégorie du vin mousseux de l’année, une égalité en tête avec le savoureux Banfi Rosa Regal DOCG et le Wolf Blass Red Label Sparkling Moscato.


jeudi 25 octobre 2012

L’assurance des vins de Château Pichon Longueville dans Pauillac


Après nos visites des Château Talbot et Château Lynch-Bages plus tôt dans la journée du 28 août dernier, nous effectuons notre dernier arrêt de la journée au Château Pichon-Longueville.   En arrivant au domaine, on est immédiatement conquit par la beauté des lieux.  Le majestueux château impose son élégance tout en projetant la réflexion de son image dans un bassin d’eau central qui cache l’un des chais de la propriété.
On a l’impression d’être dans un conte de fée, mais attention, il ne s’agit uniquement que d’une belle façade pour les touristes, car c’est d’abord et avant tout un deuxième grand cru classé du Médoc.  Il importe de préciser que le Château Pichon-Longueville a été l’une des premières propriétés de la région à recevoir ses visiteurs tous les jours, y compris les week-ends.

Pichon-Longueville par le photographe
Gilbert Martin-Guillou

La visite d’une terre historiquement riche

Pour amorcer cette visite, ma conjointe et moi-même étions accompagnés de notre bon ami photographe, Gilbert Martin-Guillou. Sous un radieux soleil de la fin du mois d’août, nous nous sommes laissé guider vers le vignoble par Nicolas Santier d’Axa Millésimes.  Le voisinage du Château Pichon-Longueville n’est pas banal avec le Château Latour qui n’est pas très loin et presqu’en face, le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande. En fait, autrefois, Pichon Longueville Baron et Pichon Longueville Comtesse de Lalande ne formaient qu’une seule propriété.  C’est le Baron Joseph de Pichon Longueville qui décide en 1840, avant de mourir, de partager le domaine entre ses 2 fils et ses 3 filles. L’une de ses filles, Virginie, épouse du comte de Lalande, va ainsi décider de prendre les choses en main et administrer sa part du vignoble, ainsi que celle de ses deux sœurs afin de créer le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande.  On faisait ainsi la différence entre les deux en appelant l’un Baron et l’autre Comtesse de Lalande, aussi deuxième grand cru classé du classement de 1855.

C’est Jacques de Pichon, Baron de Longueville, qui a cependant commencé à façonner le vignoble de Pichon-Longueville.  Le sublime Château Pichon-Longueville fut construit quant à lui en 1851 par Raoul de Pichon-Longueville.   Il faut toutefois remonter à 1689 pour comprendre les origines de ce prestigieux domaine de Pauillac.  C’est à ce moment que Pierre des Mesures de Rauzan, négociant et fermier de Latour, achète des vignes au sud de Pauillac près de Latour. Ces vignes entrent dans la dot de sa fille Thérèse lorsqu’elle épouse, peu après, Jacques Pichon de Longueville.  Le simple fait de marcher entre les vignes de ce domaine évoque en lui-même un véritable voyage dans le temps.
Le nouveau cuvier circulaire

Le royaume du Cabernet sauvignon

On a beau tomber sous le charme de l’architecture du château et son chai futuriste, il n’en demeure pas moins que le roi ici, c’est le vin, et son digne monarque est le Cabernet sauvignon.  La propriété de 73 hectares avec des vignes, dont la moyenne d'âge est de 30 ans, est la première du bordelais en 2000, à avoir reçu une certification pour la protection de l’environnement.  Le vignoble planté à 62% en Cabernet Sauvignon, 35% en Merlot et 3%, en Cabernet Franc est constitué sur des belles graves günziennes.  Les vignes de Pichon Longueville bénéficient de tous les soins menant à la culture de la meilleure qualité possible de ses raisins.  Les vendanges, manuelles, sont accompagnées d'un tri des grappes sur place.  Les vins de Pichon-Longueville sont riches en tanins et dégagent une élégance et une finesse tout en offrant une grande puissance. De plus, ils possèdent un très grand potentiel de vieillissement. 

La transformation du visage du Baron

Les chais d'élevage sous le bassin d'eau
Si la famille Bouteiller à mener la destinée du Château pendant plus de 60 ans, soit de 1935 à 1987, l’acquisition par le groupe des assurances AXA permettra un réveil de ce bel endormi qu’était le Baron. De grands travaux permettront sa restauration en 1988.  En fait, par le biais d’un concours d’architecture, organisé en collaboration avec le centre Georges Pompidou pour la construction d’équipements moderne à Pichon-Longueville,  c’est à Jean de Gastines et Patrick Dillon que le projet sera confié pour revamper le visage du Baron.  En alliant tradition et modernité, nos deux architectes vont épater notamment avec les chais d'élevage de 1200 barriques sous une voûte unique et le cuvier circulaire. Il y a eu également un véritable effort pour redorer le blason du château sur le plan de la culture et de l’élaboration des vins. D’abord mené par Jean-Michel Cazes, c’est Christian Seely qui sera à la tête du domaine comme directeur général, avec l’appui de Jean-René Matignon à la direction technique.  Chose certaine, on ne se lasse pas d’admirer cette propriété avec ses bâtiments en surface, tout autant que ceux sous terre.  La salle de dégustation est un autre lieu, je vous le conjure, qui n’est pas à dédaigner.

Une verticale mémorable de Pichon Longueville

Nous avons été entraînés par notre guide Nicolas Santier pour goûter aux vins de cette propriété pauillacaise.  La responsable des communications, Marie-Louise Schÿler, s’est jointe à nous pour discuter un peu de nos impressions face aux vins.  Il faut dire que ce n’est pas la seule propriété d’AXA Millésimes car ils ont aussi d’autres propriétés dans le Bordelais Château Pibran (Pauillac), Château Petit-Village (Pomerol) et Château Suduiraut (Sauternes).  Ils ont aussi deux autres propriétés en France avec le Domaine de l’Arlot (Nuits Saint Georges) et Mas Belles Eaux (Languedoc).  En dehors de la France, AXA est aussi présent dans le Douro au Portugal avec Quinta do Noval et en Hongrie avec Disznoko.  Lors de notre discussion sur notre itinéraire des prochains jours, nous nous sommes vu offrir une visite de la propriété d’un grand cru sauternais, soit le Château Suduiraut. 
Une verticale des vins du domaine

Passant de la parole aux actes, nous avons goûté à plusieurs millésimes de Pichon Longueville en ayant l’opportunité de découvrir le millésime 2011 que l’on retrouvera en bouteille sur les tablettes à la fin de l’été 2013.   Un millésime qui n’a pas eu bonne presse mais qui devrait offrir tout de même de belles caractéristiques.

Le 2010 était encore serré et en puissance avec cependant des arômes en finesse avec de petits fruits rouges et des épices pour exciter les cils olfactifs. La bouche juteuse, l’amplitude et cette finale persistante laisse présager une longue garde dans un style tout en droiture.  

Le 2009 m’a semblé dans la lignée de ce que l’on attend d’un millésime dit d’exception. Un vin complexe avec un velouté et une élégance qui se fondent avec l’équilibre de sa bouche ample et la générosité de son fruit.  On est en présence d’un vin au style bordelais plutôt sexy en comparaison au style droit du 2010, tout en étant destiné à une longue garde. On a de la matière et de la finesse qui font que l’on en voudrait encore.

Le 2008 est un millésime frais et si la majorité des vins de Pauillac démontraient de l’austérité en bouche à l’origine lors de la sortie en primeur, l’œuvre du temps permet d’anticiper des vins qui vont devenir meilleurs au fils des ans.  Déjà ce vin qui possède de la matière et une puissance évidente s’affirmait par des tanins charnus et du caractère.  Un beau risque en considérant que les millésimes récents de 2009 et 2010 sont difficilement accessibles à toutes les bourses.
La magnifique salle de dégustation avec Nicolas Santier

Enfin, le 2003 avec bientôt 10 ans derrière le goulot, démontre des signes de maturité plus qu’intéressants.  C’est à ce stage que le plaisir gustatif s’exprime après l’œuvre des années.  Les nuances de couleurs de sa robe commencent à changer et ses tanins à s’arrondir.  Ce vin d’une année de grande canicule se présente avec élégance, harmonie et distinction.

Rappelons que l’élevage du grand vin de Pichon se fait de 15 à 18 mois en barriques de chêne (environ 80% neuves, le reste d’un seul vin). Le grand vin possède d’ordinaire une forte dominance de Cabernet sauvignon (70 à 80%).  Dans certains cas, on procède à l’élaboration de vins issus de certaines parcelles et les plus jeunes vignes profiteront d’ordinaire à l’assemblage du second vin, soit Les Tourelles de Longueville ayant une présence plus accentuée en Merlot.

Après cette dégustation mémorable, nous avons regagné notre pied à terre de Castelnau de Médoc en préparation à une petite excursion de trois jours dans Saint-Émilion pour la visite de châteaux des plus renommés de ce terroir soit Figeac, Troplong Mondot, Cheval Blanc, Angélus et Faugères.  C’est ce qu’on appelle  de la chance…

samedi 20 octobre 2012

Des racines irlandaises à Lynch-Bages dans Pauillac


En visitant Bordeaux et ses châteaux, nous avons fait des découvertes qui dépassaient le seul plaisir de déguster des grands vins. Après avoir visité plus d’une dizaine de propriétés en moins d’une semaine, je savoure tout autant les détails concernant l’histoire de ces domaines que les vins eux-mêmes.  Ce qui est fascinant dans ce voyage à travers des siècles de culture de la vigne dans le bordelais, j’apprends  que plusieurs propriétés ont été développées sous l’influence d’étrangers.  C’est le cas du Château Lynch-Bages  qui a suscité mon intérêt. John Lynch, un Irlandais de naissance, a quitté Galway en 1691 pour s’établir dans le Médoc.  Curiosité, mon ancêtre, William Griffin, provenait de Galway et était marié à une dénommée Mary Lynch.  Impossible pour moi de remonter dans l’arbre généalogique pour valider un lien de parenté quelconque, mais je peux confirmer mon goût pour les vins de ce cinquième grand cru classé de Pauillac.
En pleine dégustation à Lynch-Bages


De l’Irlande jusqu’aux mains des Cazes

En fait, ce n’est pas John Lynch qui a donné son nom au Château, mais bien son fils, Thomas-Michel Lynch qui hérite en 1749 d'un domaine viticole venant de sa femme Élisabeth Drouillard.  Celle-ci était la fille du trésorier de France, soit Pierre Drouillard. Le domaine demeura la propriété de la famille Lynch pendant plus de trois quarts de siècle.  Le comte Jean-Baptiste Lynch  hérite du domaine en 1779 lors de son mariage et en confie la gestion à son frère, le chevalier Michel Lynch, maire de Pauillac pendant la Révolution française.   Jean-Baptiste occupa lui aussi un poste semblable en 1908,  mais à la mairie de la Ville de Bordeaux. À sa mort, le domaine Lynch est partagé en deux : le Château Lynch-Bages et le Château Lynch-Moussas.  Le Château Lynch-Bages deviendra, suite à un héritage de la famille Cayrou, un domaine appartenant au Général Félix de Vial jusqu'en 1934. Aujourd’hui géré par Jean-Michel Cazes, le Château Lynch-Bages appartient à la famille depuis 1934.


Le vignoble et ses secrets

Curieusement, en matinée, nous parcourions le Château Talbot, appellation voisine de Saint-Julien, qui porte le nom d’un chef d’armée anglaise et quelques minutes plus tard, nous retrouvons encore l’influence des anglophones dans l’histoire de ce château de Pauillac.  À notre arrivée, la responsable des visites nous fera découvrir un peu les détails techniques relatifs au vignoble. Le Château Lynch-Bages cultivent ses vignes sur des croupes graveleuses et l’encépagement est dominé à 75 % par du Cabernet sauvignon, 17 % Merlot, 6 % Cabernet Franc et de 2 % Petit Verdot. Le vignoble s’étend sur près de 100 hectares dans la commune de Pauillac au sud et au sud-ouest de la ville qui porte le même nom. Le Château Lynch-Bages est situé à 50 km au nord de la Ville de Bordeaux.

Le domaine produit un second vin rouge dénommé Écho de Lynch-Bages. Une petite parcelle de 6 hectares est plantée de cépages blancs constituée à 53% de Sauvignon blanc, 32% de Sémillon et à 15% de Muscadelle.  Le blanc commercialisé par ce domaine est connu sous le nom de Blanc de Lynch-Bages.  L’âge moyen des vignes est d’une vingtaine d’années pour le blanc et d’une trentaine pour les rouges.  Les plus anciennes vignes en rouge ont une soixantaine d’années.


Un terroir d’exception

L'Appellation « Pauillac » s'étend sur quelque 1 200 hectares situés aux abords immédiats de la ville du même nom, en bordure de l'estuaire de la Gironde. Elle ne compte pas moins de trois des quatre Premiers Crus Classés du Médoc, ainsi que quinze Crus Classés en 1855.   Avec des noms mythiques comme Lafite, Mouton-Rothschild, Pontet-Canet et, Latour, les deux Pichon et Lynch-Bages, il est facile de reconnaître la qualité exceptionnelle de ce terroir.  Près d’une trentaine de personnes œuvrent au  quotidien dans les activités de suivi du vignoble.  Dans un souci d'évolution durable, l'agriculture  raisonnée est pratiquée sur la propriété.


Le cuvier et les chais
L'ancien cuvier de Lynch-Bages

Pas moins de 35 cuves de tailles différenciées permettent le traitement séparé de chaque parcelle ou de chaque lot homogène de raisins.  La phase de la fermentation malolactique est conduite pour un tiers en barriques et deux tiers en cuves. Dans le but de séparer le vin fin des lies, cinq à six « soutirages » manuels seront pratiqués pendant l'élevage des vins en barriques. Le Château Lynch-Bages est composé, selon les années, de 75 à 85 % de Cabernet Sauvignon, de 10 à 15% de Merlot, de 5 à 10% de Cabernet Franc et de 2% de Petit Verdot.  C’est un vin destiné ordinairement à une longue période de garde. Pour le millésime 2011, on a droit à un vieillissement en fûts de chêne neuf à 75% alors que l’autre proportion est vieillie dans une barrique qui en est à sa seconde utilisation.  Il importe de préciser que le domaine fait appel à 9 tonneliers différents qui utilisent tous une chauffe moyenne des barriques.  Quant au second vin, Echo de Lynch-Bages, il sera composé de 50 à 60% de Cabernet Sauvignon, 25 à 30% de Merlot et de 15 à 20 % de Cabernet Franc.  Élevé en barriques d’un seul vin sur une période de douze à quinze mois, il bénéficie des mêmes soins que le grand vin.   Lynch-Bages produit en moyenne 450 000 bouteilles annuellement dont environ 300 000 pour le grand vin, 150 000 pour le second.  On ajoute à cela près de 20 000 bouteilles du blanc.

Un trésor pour les visiteurs 

La présence d'un véritable musée de la viticulture
Ce qui est bien dans le cas de Lynch-Bages, c’est que la propriété est ouverte aux visiteurs 7 jours sur 7, sur rendez-vous.  De plus, vous pourrez découvrir un véritable petit musée de la viticulture traditionnelle.  On a d’ailleurs conservé plusieurs équipements dont la présence du vieux cuvier, l'un des rares équipements vinicoles anciens demeurés intacts jusqu’à nos jours.  Ce cuvier  est présent dans un bâtiment datant de la fin du XVIe siècle et au rez-de-chaussée,  vous  pourrez aussi observer les « brouettes à bouteilles » utilisées autrefois pour transporter les bouteilles dans les chais.   Il y a aussi en exposition un système de pesage des barriques qui servait à vérifier la contenance des barriques à une époque où la plupart des livraisons au négoce se faisaient en fûts. Autre particularité de cet endroit, c’est la présence de l’un des tout premiers filtres œnologiques, datant du début du XXe siècle. Vous pourrez aussi observer à l’étage le savoir de Théophile Skawinski qui fut à l’époque, le gérant inventif de plusieurs propriétés du Médoc.  De plus, des outils comme l’ancienne table d’égrappage,  le système de pressage hydraulique et la grue servant à acheminer le raisin jusqu'au sommet des cuves sont aussi accessibles.  

Le village de Bages et ses attraits
L’oenotourisme est bien présent chez Lynch-Bages qui ouvre ses portes aux visiteurs du monde entier depuis plus de 30 ans, ce qui n’est pas le cas partout dans les grands domaines ayant le statut de grand cru classé du Médoc.  Un autre plus pour la région, c’est la mise en valeur du village de Bages qui était jadis un haut-lieu du vignoble pauillacais.  La présence du Café Lavinal (café-brasserie), d’une boulangerie traditionnelle, d’une boutique du vin et des arts de la table, d’une aire de jeux pour enfants et bien d’autres,  font du village un attrait touristique des plus agréables.  Crushpad Bordeaux est aussi présent depuis peu dans cette aventure,  alors que Lynch-Bages  est partenaire du projet. (Référence : texte du 3 octobre dernier.)  Il est même possible de visiter Lynch-Bages durant la période des vendanges.   Autre particularité intéressante de ce domaine, on y propose des cours thématiques pour en apprendre davantage sur le vin.


La dégustation :

Photo de Gilbert Martin-Guillou
Nous voilà au moment de sortir les verres et de déguster les vins de la propriété.  Il importe de préciser que nous avons eu aussi la chance de déguster un vin de l’appellation Saint-Estèphe, dont la propriété a été acquise en 1940 par la famille Cazes.  Le Château Les Ormes de Pez doit son nom à un magnifique bouquet de grands ormes aujourd'hui disparus. Le vignoble s’étend sur plus d’une trentaine d’hectares cultivés sur des graves garonnaises.

Quant à la dégustation,  nous avons été en mesure de déguster le grand vin (2004) mais aussi le second, soit Écho de Lynch-Bages.  On nous précise d’ailleurs que le second vin arbore un nouvel étiquetage depuis 2008 afin de favoriser davantage le marketing et diminuer la confusion pouvant exister avec d’autres domaines comme Bages-Libéral et autres.  D’ailleurs, le Château Lynch-Bages consacre ses activités commerciales à plus de 60% à l’exportation.   Le changement d’étiquette a aussi été effectué pour le vin Les Ormes de Pez.  Lors de notre arrêt au Café Lavinal, pour nous restaurer, nous avons savouré un millésime 2004 et aussi un 2005 avec notre guide avant le repas. À mon retour au Canada,  j’ai succombé au charme de ce superbe vin : trois bouteilles du millésime 2009 ont trouvé leur place dans mon cellier!


Nous avons ensuite pris la direction de notre dernière destination de la journée avec un autre château de l’appellation Pauillac, soit celui de Pichon Longueville. 

mardi 16 octobre 2012

Château Talbot : au cœur de l’appellation Saint-Julien


Cette magnifique propriété de 150 hectares est en plein cœur de l’appellation Saint-Julien qui est aussi connue pour être le point le plus élevé de cette dernière.   Le Château Talbot est aujourd’hui dirigé par une quatrième génération de Cordier.  En 1917,  ce domaine acquis par Désiré Cordier, l’un des plus importants marchands de vin de la place de Bordeaux, a été à l’origine de l’ascension de la renommée du château, déjà fier de son rang de 4e grand cru du classement de 1855.  Désiré Cordier avait aussi fait l’acquisition en 1917  du Château Lafaurie-Peyraguey et du Château Gruaud-Larose.
Château Talbot bientôt centenaire sous le règne des Cordier

C’est cependant à un chef de l’armée royale anglaise, John Talbot, que le Château Talbot doit son nom.  C’est au XVe siècle que le connétable John Talbot viendra notamment camper en ces lieux avec ses troupes. Ce commandant de l'armée royale a été défait et tué en 1453 durant la Guerre de Cent Ans, lors de la bataille de Castillon.  C’est cependant  la famille du marquis d'Aux de Lescout qui va développer le domaine viticole pendant près de deux siècles.

La visite avec le directeur général

Lors de mon passage au Château Talbot, avec ma conjointe et notre photographe Gilbert Guillou-Martin, nous avons eu la chance d’être reçus par le directeur général de Talbot, soit Monsieur Jean-Pierre Marty.   Nous sommes d’abord allés prendre connaissance de l’étendue du vignoble.  Bien que la propriété soit de 150 hectares, c’est 110 hectares de vignes qui sont en production dans ce vignoble d’un seul tenant, voisin de non-moins prestigieux domaines comme Château Latour, Château Pichon Baron et la Comtesse de Lalande. Talbot borde également le domaine frère de Gruaud-Larose.  La propriété de Talbot possède 106 hectares en rouge et 4 en blanc avec la Gironde qui passe à proximité. L’appellation Saint-Julien fait près de 900 hectares qui appartiennent à 23 producteurs dont 80% de l’appellation est représentée par 11 grands crus classés.  Pour les cépages en rouge du Château Talbot, plus du deux tiers sont plantés en Cabernet sauvignon (68%),  près du tiers en Merlot (28%) et une faible quantité de Petit verdot (4%).   La proportion des cépages en blanc est dominée à 80% par le Sauvignon blanc, versus 20% pour le Sémillon. 

La visite s’est poursuivie dans les installations intérieures du domaine avec M. Marty.  Nous avons de même visité l’endroit consacré à la réception des vendanges. Cette période de l’année nécessite de 150 à 200 personnes pour récolter le raisin.   On fait appel à des équipes de façon progressive en fonction de la maturité et des différentes parcelles lors de cette période cruciale à la fin de l’été.   On va trier les raisins à plusieurs reprises et même carrément laver ces derniers.  Une sélection va donc se faire par flottaison alors que les moins bons raisins et ceux abîmés ne seront pas conservés.  On pourra ainsi réduire de 5 à 10% la quantité de raisins récoltés, ce qui n’est pas une pratique que plusieurs châteaux favorisent.  Notre visite au cuvier nous a donné l’opportunité de voir cet immense fût de bois que l’on utilise pour une grande partie de la vinification.

Des travaux dans l’air pour le 100e anniversaire

Le vin est vinifié dans un cuvier en bois traditionnel mais on utilise aussi un cuvier en inox notamment pour les assemblages.   On va d’ailleurs détruire bientôt la partie la plus ancienne du cuvier de bois, pour reconstruire des fûts plus modernes.  On favorise le bois chez Talbot, car cela offre moins de compactage à l’intérieur et produit une meilleure extraction et une meilleure homogénéité en comparaison avec l’inox.  Nous allons ensuite visiter le chai à barrique qui abrite des barriques provenant de près de huit différents tonneliers.  Au moment de notre passage, le millésime 2011 n’était pas entreposé au même endroit, car on procède aussi à des travaux sur la propriété.  Pour célébrer sous peu les cent ans de l’acquisition de Talbot par la famille Cordier, on a entrepris la construction d’un nouveau chai moderne. Nous avons eu la chance de voir une portion du résultat et quel style impressionnant!  Le vieux chai va être détruit et remplacé par une cour d'honneur. Les travaux amorcés en 2010 s'effectuent étape par étape et devraient se poursuivre jusqu'aux vendanges de 2014.
La modernité s'implante dans les chais

Soulignons que le grand vin du Château Talbot est élevé en fût de chêne de 14 à 15 mois en utilisant près de 50% de fûts neufs et l’autre moitié avec des barriques d’un vin.   Pour le  second vin appelé Connétable Talbot, le vin sera élevé seulement 12 mois en barrique, et avec seulement 15% de fûts neufs.  J’ai eu la chance de consommer ces vins à quelques reprises dont le Connétable 2005 que j’avais acheté il y a quelques années de cela chez Alcool Nouveau-Brunswick.

Le bonheur du blanc

Après notre visite, nous fûmes conviés par Monsieur Marty à faire une petite dégustation des produits du Château Talbot.  C’est alors que nous avons connu un pur moment de bonheur avec la dégustation d’un rare blanc produit dans le Médoc par  une propriété figurant au rang des grands crus classés.  Georges Cordier, le grand-père des actuels propriétaires, aimait beaucoup les vins blancs et il a été l’un des premiers à planter des vignes blanches en Médoc. Depuis plus d’une semaine, mon épouse et moi avions dégusté que des vins rouges et c’est pour cela que nous étions si heureux de changer un peu de registre gustatif.   J’ai alors fait la découverte du Caillou Blanc 2011.  Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’acheter quelques bouteilles de ce vin d’un millésime plus âgé durant notre séjour.  Ce vin vinifié en barrique, avant d’être élevé sur lies pendant neuf mois, se vend autour d’une vingtaine d’euros à sa sortie en primeur.

Le plaisir des rouges
Une belle dégustation pour débuter la journée!

Enfin, nous eûmes la chance de déguster le Château Talbot et son second, le Connétable, chacun dans le millésime 2008.  Le second vin fut lancé dans les années soixante et c’est d’ailleurs l’un des tout premiers seconds vins du Médoc. Avec le grand vin, on est en présence d’un rouge à la fois fin et robuste, appuyé d’une trame aromatique également puissante. On pourra le boire relativement jeune, soit de 5 à 7 ans, mais il prendra encore beaucoup d’élégance avec l’âge car c’est aussi un champion de la longue garde.  L'œnologue Jacques Boissenot et le consultant Stéphane Derenoncourt, apportent leur touche aux vins de Talbot. 

Nous quittons le Château Talbot et l’appellation Saint-Julien pour notre prochain rendez-vous dans la région voisine de Pauillac alors que nous sommes attendus au Château Lynch-Bages.  Une fin de journée qui s’annonce plutôt bien avec ensuite un retour dans Saint-Julien pour la visite de Château Pichon Longueville.  La vie est belle sous le ciel du Médoc. 

dimanche 14 octobre 2012

Lilian Ladouys : une Québécoise dans les vignes de St-Estèphe


Le monde du vin réserve parfois des surprises et ce n’est pas toujours dans les bouteilles que les découvertes se font.  Lors de notre séjour dans le Médoc, nous sommes allés au Château Lilian Ladouys et là, dans cette propriété de l’appellation Saint-Estèphe, nous avons le plaisir d’être accueillis par Nadine Poudrier, Carmagnac par alliance, une Québécoise responsable de la qualité.

Le Château Lilian Ladouys dans Saint-Estèphe
Elle-même étonnée d’entendre nos accents acadien et québécois, s’est portée volontaire pour nous servir de guide en l’absence de la responsable des visites. Elle nous apprend qu’elle n’est pas la seule Canadienne d’origine à travailler et vivre dans l’appellation St-Estèphe, car il y en aurait une autre chez Montrose.

C’est donc dans une ambiance détendue que nous suivîmes notre Québécoise expatriée. Tout au long de cette visite, avec son petit accent français, elle nous fait mieux connaître Lilian Ladouys. Elle a aussi élaboré un peu sur  les caractéristiques du Château Pédesclaux qui appartient à la famille Lorenzetti, fondateur du Groupe Foncia.  Nous voulions visiter ce château de Pauillac, mais étant donné des travaux de rénovations majeurs qui ne seront pas finis avant les vendanges de 2014, nous nous sommes vus redirigés vers Lilian Ladouys. C’est l’architecte Jean-Michel Wilmotte, ayant conçu les chais modernes de Cos d’Estournel, qui a reçu le mandat de dessiner les nouveaux chais de cette propriété de Pauillac.

Passons aux vignobles et châteaux

Le Château Lilian Ladouys fut longtemps connu sous le simple nom de Ladouys. En fouillant dans l’histoire, on découvre que ce dernier tient son nom de la langue gasconne signifiant «la source», d’où sa proximité d’un ruisseau et du lac du Château Lafite Rothschild.  D’ailleurs, l’histoire de ces deux châteaux est liée, car lors de la construction du Château Ladouys au 16e siècle, par Jacques de Bercoyan, la bâtisse faisait office de dépendance du Château Lafite.   Au 18e siècle, Ladouys fut séparé de Lafite et vendu. Dès lors, on vit apparaître les premiers vins « Ladouys » sur le marché.  En ce qui concerne l’ajout de Lilian dans le nom, cette explication est plus récente. Le nom a été ajouté en 1989 par le propriétaire de l’époque, en hommage à sa femme d’origine suisse, Lilian. 

Avec les difficultés de la première moitié du 20e siècle, dont la crise et les guerres,  le domaine peine à survivre et les parcelles sont pratiquement toutes vendues pour honorer des dettes.  Il faudra attendre le début des années 80 pour voir renaître le Château alors que l’entrepreneur œnophile Christian Thiéblot et son épouse Lilian se lancent dans le rachat de parcelles et font des investissements significatifs dont la reconstruction des chais et des  bureaux en 1987.  On verra naître le premier millésime de ce renouveau, soit avec le 1989. Les Thiéblot doivent malheureusement vendre pour des raisons financières et c’est la banque Natexis qui va devenir  propriétaire des lieux en 1996.  

L’histoire récente du Château Lilian Ladouys passe par la famille Lorenzetti qui fera l’acquisition de la propriété en 2008, et l’année suivante, ils achèteront aussi le Château Pédesclaux, un 5e cru classé du Médoc dans l’appellation Pauillac.


Nous avons visité le cuvier et les chais du Château Lilian Ladouys avec notre guide de souche québécoise.  Elle nous a expliqué que les 120 parcelles du domaine représentent une superficie de 42 hectares en production.  De plus, avec son titre de Cru Bourgeois depuis 2003, le domaine apporte un soin à la sélection des raisins sans être totalement en méthode parcellaire. Pour sa part, Pédesclaux possède 42 hectares dont 36 en production pour l'appellation Pauillac.
Le chai de vieillissement en fût de chêne

Chez Ladouys, on utilise des barriques dites «transport»  pour le vieillissement des vins.  Les barriques de type château sont très jolies avec  des cercles de châtaigniers qui les décorent, mais il en coûte au moins 75 euros par barrique, uniquement pour l’esthétisme. Malgré ce désir d’offrir un look agréable aux barriques, on mise davantage sur la qualité du vin chez Lilian Ladouys.   Pour ce qui a trait au choix des tonneliers, on opte pour un type de chauffe bourguignonne  avec son fournisseur principal, le tonnelier François Frère qui produit une chauffe très longue et à cœur. Ceci représente environ 75% du parc de barriques. Un autre type de tonneau est utilisé, soit Taransaud,  un autre leader charentais de la tonnellerie. Le remplacement de l’ensemble des barriques se fait tous les 3 ans. Le vin principal du Château Lilian Ladouys passe de 16 à 18 mois de vieillissement en fût de chêne.   Le château produit trois vins, soit Château Lilian Ladouys, La Devise de Lilian et La Rousselière.

Chez Lilian Ladouys, l’encépagement est constitué de Cabernet-sauvignon (60%), Merlot (35%) et Cabernet franc (5%) et l’âge moyen des vignes est de 40 ans.  Chez Pédesclaux, cette proportion est de 50% de Cabernet Sauvignon, 45% de Merlot et 5% de Cabernet Franc.   On y produit aussi trois vins, soit le Château Pédesclaux, la Fleur de Pédesclaux et le Haut-Médoc de Pédesclaux.

Il importe de spécifier que les raisins de Lilian Ladouys ne sont pas récoltés en cagettes mais plutôt dans des bacs plastiques de 6 kilogrammes.  Quant à Pédesclaux, on opère davantage de manière parcellaire avec des cagettes et en pratiquant la technique de la gravité.

La dégustation 

Les vins du Château Ladouys
Pour terminer cette journée, et notre visite du Château Lilian Ladouys, nous avons été appelés à déguster du millésime 2009 de Lilian Ladouys mais aussi du Château Pédesclaux.  Du bonheur en bouteille pour cette fin d’après-midi du lundi 27 août.  Fait à souligner en regardant les bouteilles de plus près, vous constaterez la présence d’un liseré bleu.  C’est que le propriétaire, Monsieur Lorenzetti, appartient aussi un club de rugby, soit le du Racing Metro 92, et le bleu est donc un rappel de son appartenance à ce sport et de l'unité du groupe.


Le jour suivant, nous avons une belle programmation alors que nous visiterons successivement les châteaux de Talbot, Lynch Bages et Pichon Longueville avant de mettre le cap sur la région de Saint-Émilion. 

jeudi 11 octobre 2012

Rauzan-Ségla : la fragrance vineuse de Margaux


Après une fin de semaine à l’écart des grands châteaux pour une visite en Charente-Maritime, ma conjointe et moi reprenons la route des châteaux du Médoc.  Notre bref séjour dans la région de Saintes, près de Cognac, nous a donné l’opportunité de découvrir une autre facette de la France.  Nous quittons par le bac de Royan en naviguant sur la Gironde pour nous rendre à nouveau sur la rive gauche et ainsi rejoindre Le-Verdon-sur-Mer, situé à l'extrême Pointe du Médoc, à 100 km de Bordeaux.  Nous profitons de l’occasion pour descendre tranquillement vers le sud alors que nous faisons un bref arrêt pour marcher sur les plages sablonneuses de Soulac-sur-Mer.  Notre prochaine destination nous amène à nouveau dans l’appellation Margaux en début d’après-midi.

350 ans d'histoire pour Rauzan-Ségla
Ayant déjà visité quatre belles propriétés de l’appellation Margaux, nous avons le plaisir d’être reçus au Château Rauzan-Segla, un deuxième cru classé du Médoc qui a célébré ses 350 ans en 2011.   En fait,  c’est Pierre de Rauzan qui acquiert, en 1661, sous le règne de Louis XIV, cette propriété qui va gagner très tôt une solide réputation.  D’ailleurs, après un séjour dans le bordelais, l’ancien président des États-Unis, Thomas Jefferson, en fera une commande de plusieurs caisses. Il importe de préciser que le Château Rauzan-Gassies et le Château Rauzan-Ségla constituaient une seule et même propriété avant leur division pour des raisons successorales à la fin du 18e siècle.  C’est en 1903 que Fréderic Cruze, propriétaire de l’époque, fera construire le château actuel.  C’est l’architecte Louis Garros qui s’inspire du style périgourdin des bâtiments d’origine pour procéder à l’édification de ce dernier. 

Un parfum de renouveau

Notre visite de ce château de la région de Margaux débute par un petit tour des installations techniques avec le cuvier et le chai.  Le vignoble est opéré en culture raisonnée afin d’y accorder le plus grand respect possible à l’environnement.  Les 52 hectares de vignes de Rauzan-Ségla campent pratiquement aux portes du village de Margaux. D’ailleurs, on est à même d’apercevoir, dans certaines parcelles du vignoble, quelques-uns des châteaux les plus prestigieux de l’appellation soit Palmer et Château Margaux pour ne nommer que ces deux noms.  
Chai de Rauzan-Ségla

L’encépagement de Rauzan-Ségla est constitué de Cabernet sauvignon majoritairement avec 54%, de Merlot à 41% et du Petit verdot à 4%, tandis que le Cabernet franc est présent avec un minime de 1%.  Chaque parcelle de vignes est vinifiée séparément dans une cuve en inox thermo régulée.  Une portion de 50 à 60% de barriques neuves sera utilisée selon le millésime, pour favoriser le vieillissement des vins de Rauzan-Ségla.  Nous avons été conviés à goûter le fruit de ce travail méticuleux avec le millésime 2006 et le 2007 du grand vin.  Nous aurons aussi la chance de savourer le 2006 du Ségla qui est le second vin de la propriété.  Ce vin issu de jeunes vignes provient de l’ancien vignoble du Château Lamouroux.  Le Ségla a profité des améliorations techniques apportées à Rauzan-Ségla tant au niveau des chais que dans la vigne, suite au rachat de la propriété par la famille Wertheimer en 1994.  Cette famille est aussi propriétaire de la maison de haute couture Chanel.  Cette acquisition a amené un parfum de renouveau au domaine, avec un mandat clair de redonner les lettres de noblesse de ce château.

Quant un couturier habille les bouteilles…

Karl Lagerfeld et l'habillage du 2011
Pour souligner le 350e anniversaire du domaine et pour souligner le fabuleux millésime 2009,  Rauzan-Ségla s’est assuré de la prestigieuse collaboration du couturier, designer, photographe, et réalisateur allemand, Karl Lagerfeld, qui a  dessiné l’étiquette pour l’occasion.  Cette idée d’étiquette provient du fait qu’à son 300e anniversaire en 1961, le château avait déjà édité une étiquette originale.  En dévoilant en 2011 ce nouvel habillage d’un seul millésime, il semble que le milieu traditionnel du vin de France n’a pas été très tendre quant aux résultats.  Certains l’ont comparé à une bouteille de Beaujolais nouveau. La réception aurait été meilleure semble t-il auprès du public nord-américain.  Ce n’était pas une première expérience pour Karl Lagerfeld qui s’était penché sur le design la prestigieuse cuvée 2007 de Dom Pérignon, « Une bouteille nommée Désire ».

Le vin de Rauzan-Ségla est assurément de retour dans l’élite des châteaux de l’appellation Margaux.  Avec comme directeur technique John Kolasa, ancien directeur commercial du château Latour à Pauillac, ce second cru classé du Médoc a su retrouver sa réputation en produisant des vins remarquables et d’une qualité constante.  

Nous avons quitté la région de Margaux en milieu d’après-midi pour nous diriger vers la région de St-Estèphe pour découvrir le Château Lilian Ladouys, un domaine qui partage les mêmes propriétaires que le Château Pédesclaux.  Une visite à lire dans mon prochain récit sur Le Tire-bouchon.
On distingue aussi le Château Palmer



lundi 8 octobre 2012

Beychevelle; le vin dans les voiles


Lors de la journée du vendredi 24 août, nous avions décidé de prendre ça un peu plus mollo.  Avec seulement deux visites au programme,  nous nous étions gardé le Château Beychevelle pour terminer cette semaine dans le Médoc.  Nous avions un projet pour le week-end, soit d’aller visiter des amis de la région de Saintes, près de Cognac.

À notre arrivée aux abords de Saint-Julien, en revenant de Pauillac, nous sommes captivés par ce décor bucolique.  Des vignes bordent la route  et de magnifiques châteaux aux noms à faire rêver défilent sous nos yeux. Château Pichon-Longueville, Latour, Château Léoville-Poyferré, Château Branaire-Ducru et nous voilà enfin devant Beychevelle  avec quelques minutes en avance. 
Beychevelle en beauté même sous les nuages

Malgré un léger malentendu concernant la confirmation de notre présence, une responsable des visites, Madame Susan Glize, va nous faire découvrir les charmes de ce 4e cru classé de l’appellation Saint-Julien.  Ne pouvant cacher son charmant accent britannique, cette dame œuvrant au château depuis plus de 20 ans, nous fait découvrir tous les recoins de ce fabuleux site. Une visite inoubliable grâce aux bons soins de cette charmante personne.

Un peu d’histoire

D’abord, il faut préciser que le premier château a été construit en 1565 par l'évêque François de Foix-Candale.  La nièce de ce dernier épousa Jean Louis de Nogaret de la Valette, grand amiral de France et gouverneur de Guyenne qui en deviendra propriétaire.  Surnommé « le demi roi » puisqu’il était l’un des mignons d’Henri III,  les bateaux passant devant son domaine, devaient affaler les voiles en signe d'allégeance, tellement l’homme était puissant.  C’est en effectuant ce mouvement dit de « Baisse voile », soit Beychevelle dans le langage ancien, que naîtra l'emblème du domaine.  D’autres explications sont liées davantage aux dangers de la navigation à cet endroit de la Gironde, alors que les marins baissaient les voiles pour mieux contrôler leur bateau.

C’est toutefois en 1757 que le château sera  réédifié par le marquis de Brassier.  Cette famille permettra au vin de s’illustrer au 18e siècle puis vers 1890, la famille Achille-Fould y règnera en dynastie pendant plusieurs générations.  En 1986, la  GMF (Garantie mutuelle des fonctionnaires) et le groupe japonais Suntory rachetèrent l'ensemble du domaine à la famille Achille-Fould.  De nos jours, le Groupe Castel, avec le groupe japonais Suntory, appartiennent  chacun 50% de cette superbe propriété considérée  Le Versailles du Médoc.

Les vignobles et les équipements de vinification

Le vignoble de Beychevelle n’est pas constitué d’un seul tenant.   Les 77 hectares sont répartis un peu partout au sein de l’appellation de Saint-Julien.  À quelques reprises dans l’histoire, les propriétaires du château ont dû vendre des parcelles de vignes pour honorer des dettes.  C’est ainsi que certaines vignes près de Beychevelle appartiennent au Château Ducru Beaucaillou.  On retrouve des vignes de Beychevelle au village et en longeant aussi la route des châteaux.  Pour ce qui a trait à l’encépagement, on retrouve une majorité de Cabernet sauvignon (62%) et du Merlot  (31%).  On retrouve également de petites quantités de Cabernet franc (5%) et du Petit Verdot (2%).

Le cuvier : inox et béton
Beychevelle appartient aussi 13 hectares dans la région de Cussac dans l’appellation Haut Médoc.  Depuis près de 30 ans, on y fait la production d’un vin appelé Les Brulières de Beychevelle et plus récemment, on a aussi commencé à y faire des expériences en mode bio.

Pour l’élaboration du grand vin de Beychevelle et de son second,  l’Amiral de Beychevelle, les installations ont été améliorées au fil des années.  Depuis 2003, on utilise d’ailleurs quatre tables de tri au lieu de deux comme c’était le cas auparavant.

Il y a eu aussi quelques modifications au cuvier alors que 6 cuves en inox ont été ajoutées en 1984. En 1992, on a décidé de couper trois cuves en deux.  Des cuves plus récentes en béton ont été ajoutées en 2006.  Il y encore des cuves plus anciennes qui existent depuis 40 à 50 ans. D’après Madame Glize, des travaux au cuvier devraient être effectués encore d’ici les deux prochaines années.   Fait à souligner,  avec le Château Lascombes en Margaux, Château Troplong Mondot et Château Faugères dans le Saint-Émilionnais, ce Grand Cru de Saint-Julien utilise aussi le système OXOline qui facilite les opérations de soutirage et l’entretien des barriques en fût de chêne.

Les vins de Beychevelle

Notre visite s’est poursuivie dans les chais du château.  Il importe de préciser que le potentiel de garde du grand vin est élevé avec certains millésimes qui peuvent résister de 20 à 30 ans et plus.  Le grand vin séjourne d’ordinaire pour une période de 18 mois en fût de chêne français.  Quant à l’Amiral, le second vin, on va le faire vieillir d’ordinaire une douzaine de mois et on utilise même une petite portion de fût de chêne américain, ce qui n’est pas pratique courante dans le Médoc.   On a d’ailleurs la chance de découvrir l’élégance et la finesse des vins de Beychevelle avec la dégustation du savoureux millésime 2009.  L’Amiral de Beychevelle est constitué de 58% de Cabernet sauvignon et 36% de Merlot. Quant au grand vin, Parker ne s’est pas gêné pour qualifier ce millésime comme étant le meilleur Beychevelle depuis 1982.  Sa note de 93 points confirme ni plus ni moins le talent de vinificateur de Philippe Blanc.   L’Amiral ne donne pas sa place aussi avec cette belle fraîcheur, des tanins légèrement fondus qui laissent entrevoir un superbe potentiel de vieillissement avec sa finale en longueur.  Après avoir goûté quelques vins médocains du millésime  2009 avec Montrose et Beychevelle,  je suis déjà convaincu que ma liste de cadeaux souhaités pour Noël prochain pourrait s’avérer assez liquide! 

La semaine à venir s’annonçait déjà excitante alors que nous allions visiter Rauzan-Segla, Talbot, Pichon Longueville et Lynch-Bages.  Toutefois, j’anticipe également notre petit séjour dans l’appellation Saint-Émilion à partir du mercredi 29 août.  Que de belles surprises gustatives en réserve…

vendredi 5 octobre 2012

L'apothéose au Château Montrose


Après presque une semaine dans la région du Médoc, nous avons déjà visité quelques grands châteaux ayant la mention de grand cru du classement de 1855.  Après Lascombes, Parker, Giscours, du Tertre, Cos d’Estournel, Pontet Canet et Mouton Rothschild, nous mettons le cap en matinée vers l’appellation Saint-Estèphe pour la visite du Château Montrose, un second cru classé.

C’est une journée nuageuse mais il y a beaucoup de soleil dans nos têtes à l’idée de pouvoir visiter les installations de cette sublime propriété viticole qui a vu sur la Gironde.
Très bien exposé, sur les bords de ce cours d’eau,  le vignoble surplombe l’estuaire
et s'étend sur 94 hectares d'un seul tenant, ce qui est une rareté dans le Médoc.  Cette proximité de l’eau est aussi probablement à l’origine de son nom Montrose, (ne pas prononcer le t) car les marins faisant route en bateau vers Pauillac et Bordeaux, reconnaissaient bien les landes de bruyères sauvages qui couvraient alors ce coteau, avec sa jolie teinte à floraison rose.
Rencontre avec le directeur général Hervé Berland

Accompagné de ma conjointe Barbara et de notre photographe de la journée, Gilbert Martin-Guillou, nous nous sommes donc présentés à notre rendez-vous.  C’est nul autre que le directeur du château, Monsieur Hervé Berland, qui nous accompagne pour cette visite.  D’une tenue vestimentaire tirée à quatre épingles, notre hôte occupe ces nouvelles fonctions seulement depuis quelques mois.  En fait, Monsieur Berland devait se retirer après une carrière de 30 ans au Château Mouton Rothschild.   Cependant, il n’aura pas eu le temps de profiter de cette retraite, car une offre des frères Bouygues viendra stimuler son désir à relever de nouveaux défis à Montrose.

En terroir connu

Je dois avouer que j’étais moi-même déjà un peu excité à l’idée de visiter Montrose car j’avais déjà été séduit par quelques dégustations de ce grand cru du Bordelais avec notamment un millésime 1970 qui figure d’ailleurs dans le top 20 de mes vins émotions dans le Guide Griffin 2012.   Quant au second vin de la propriété, soit La Dame de Montrose, j’ai eu aussi la chance de déguster ce vin à quelques reprises dans différents millésimes, dont le 1998.   Je connaissais donc le terroir de Saint-Estèphe d’un point de vue gustatif et spécialement celui du Château Montrose.

Un coup d'oeil au vignoble de Montrose
Nous avons donc entamé la visite en parcourant les bâtiments techniques, là où le vin prendra naissance en quelque sorte.  Nous allons donc visiter le cuvier.  C’est dans de vastes  cuves d’acier inoxydable que l’on procède aux fermentations alcooliques et qui durent une vingtaine de jours.  On va aussi effectuer plusieurs remontages par jour, dans le but de favoriser l’échange pellicules-pépins/jus. Ensuite, des pré-assemblages entre lots de même cépage, de qualité identique, seront effectués dès les écoulages, avant de procéder aux fermentations malo-lactiques.  C’est habituellement au mois de novembre que les dégustations d’assemblage débutent. Les vins sont assemblés dès le mois de décembre et descendus en barriques au mois de janvier.  Pour le grand vin du château, l’élevage en fût de chêne français consiste à environ 60% de barriques neuves, issues de plusieurs tonneliers rigoureusement sélectionnés,  et 40% en barriques d’un vin. L’élevage dure 16 à 18 mois selon les millésimes.  Pour La Dame de Montrose, cette proportion de barriques neuves est environ 15 à 20%, et la durée moyenne d’élevage est de 12 mois.  Lorsque nous avons visité Montrose, il y avait aussi d’importants travaux notamment  avec la construction d’un deuxième chai ultramoderne qui sera surplombé par une salle de réception et de dégustation.   Nous avons visité l’ancien chai qui abrite le millésime 2011 et des employés s’activaient à l'exécution du soutirage des barriques à l’aide d’une chandelle, une opération qui sera effectuée à tous les trois mois durant cette phase de vieillissement.   Les deux chais vont donc être utilisés en alternance dans le futur, lorsque les travaux seront terminés.


Plus vert que jamais

Montrose en harmonie avec son environnement
Je ne m’étendrais pas sur la riche histoire du Château Montrose, je préfère vous convier à visiter la section à cet effet sur le site officiel du Château.  Je préfère plutôt vous parler des années plus récentes avec les nouveaux propriétaires du domaine depuis environs 6 ans. C’est d’ailleurs avec le rachat de Montrose en 2006 par les Bouygues, qu’un vaste programme de rénovation du site avec des objectifs environnementaux a été déployé. Les deux frères Olivier et Martin désirent faire de la propriété un modèle et une vitrine des nouvelles technologies en matière de développement durable.  Montrose est donc devenu un site qui opère en énergie positive. En effet, on a développé un programme de production énergétique permettant l’équilibre annuel des consommations totales d’énergie finale et la production d’énergie locale à partir d’énergies renouvelables.  Ce qui n’est pas facilement visible sur le site, c’est aussi la présence de plus e 3000m² de panneaux photovoltaïques, sur les différents toits des bâtiments, ce qui permet de produire l’équivalent de près de 400kw sur l’ensemble du site.  Montrose utilise aussi la production thermo-frigorifique géothermique à partir de l’eau de la nappe phréatique et de la pompe à chaleur eau/eau.   On limite aussi le recours à l’eau de ville en pratiquant la récupération des eaux de pluie, recyclage des eaux usées, etc.


On passe aux choses sérieuses…

Après avoir visité les lieux, Monsieur Berland va nous accueillir dans une petite salle de dégustation où quelques bouteilles sont étalées.  Monsieur Berland nous propose de faire d’abord la dégustation de quelques vins d’une autre propriété des frères Bouygues acquise aussi en 2006, soit le Château Tronquoy-Lalande.  Nous avons l’opportunité de déguster le millésime 2011 de ce vin promu au rang de Cru Bourgeois Supérieur au classement de 2003. Nous goûtons aussi au second vin de ce domaine soit le Tronquoy de Sainte-Anne avec le millésime 2011.  Cette propriété viticole de 30 hectares,  dont 18 hectares de vignes sur des croupes graveleuses situées face à l’estuaire de la Gironde,  figure parmi les plus anciens domaines de la région Saint-Estèphe. Le château existait déjà au 18e siècle parmi les premiers vins rouges qui surent se distinguer grâce aux vertus de leurs terroirs.  Nous avons été sérieusement gâtés par la suite en ayant l’opportunité de déguster le Château Tronquoy-Lalande avec le millésime de tous les superlatifs, soit le 2009.  Malgré une stature solide et une trame tannique puissante, la finesse et l’élégance était au rendez-vous dans le verre. Il était quand même 10 h 45 am, ce qui n’est pas dans les habitudes de tous de prendre du vin en guise de petit déjeuner.
Le soutirage, une opération délicate.

Nous n’avions pas encore goûté aux produits du Château Montrose et le plaisir ne faisait que débuter.  Nous avons eu la chance de savourer le millésime 2011 de Montrose et de son second,  La Dame de Montrose.  Nous prenons plaisir à faire tourner ces beaux vins dans leur verre d’autant plus que ce privilège ne sera pas possible aux consommateurs en général avant la commercialisation de ce millésime vers la fin de l’été 2013.  Puis comme toute bonne chose n’arrive pas seule, nous voyons devant nous une bouteille du Château Montrose que va nous servir Monsieur Berland afin que l’on puisse goûter à l’apothéose signée Robert Parker.  En effet, lors de la révision du millésime 2009 le printemps dernier, le célèbre critique a consacré le millésime 2009 du Château Montrose, par la note la plus élevée soit un 100 sur 100!  Inutile de vous dire que je n’ai pas recraché ce vin, dont nous avions l’honneur de découvrir directement à son lieu de naissance.  Le Château Montrose 2009 que j’ai aperçu chez un caviste à 320 euros la bouteille figure au sein de 19 crus du bordelais qui ont obtenu la note de 100. La liste de ces 19 vins est disponible par le biais de cet article.  Pour Montrose,  il ne s’agit pas d’une première pour une note parfaite de Parker, car le 1990 avait aussi obtenu ce résultat.  Avec ses 13,7% d’alcool dans le 2009, il s’agit du taux d’alcool le plus élevé pour un millésime de ce grand vin.  Avec ses 65% de Cabernet sauvignon, de 29% de Merlot et petites quantités de Cabernet franc et Petit Verdot, il est voué à un potentiel de garde qui pourrait dépasser l’année 2050.

Voilà pour notre début de journée en ce vendredi d’août. Nous allons prendre ensuite notre lunch du midi dans un sympathique restaurant de Pauillac, à La Salamandre. Cela va permettre à nos papilles gustatives de redescendre du nirvana,  en attendant notre prochain rendez-vous au Château Beychevelle, dans l’appellation Saint-Julien que j’adore. 

Attention: les photos dans ce texte sont la propriété protégée du photographe Gilbert Martin-Guillou.